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sujet; Cell Block Tango (Con #1)
MessageSujet: Cell Block Tango (Con #1)   Jeu 24 Aoû 2017 - 2:49

WIZARD • always the first casuality
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‹ âge : n'évoquons pas les sujets qui fâchent (... 30 ans)(depuis 6 ans)
‹ occupation : Sorcière à la Défense de haut vol, particulièrement reconnue dans la matière du droit des créatures magiques, impliquée dans plusieurs associations liées à celles-ci, et plus récemment conseillère pro-bono auprès du groupe de soutien des victimes de brainwashing. A n'en pas douter future directrice du département de la justice magique.
‹ maison : Serpentard, de toute évidence.
‹ scolarité : 1979 à 1986
‹ baguette : Bois de rose, puisqu'il faut un cliché. Une fleur de mandragore, puisqu'il faut une surprise. Définitivement plus grande que la tienne, puisqu'il faut une logique.
‹ gallions (ʛ) : 269
‹ réputation : Christ Rédempteur des Rosier, égérie des créatures magiques, tyran de la Cour.
‹ patronus : Méduse.
‹ épouvantard : Plus un murmure. Plus un mot. Plus un son ne la concerne. Elle a été et n'est plus. Invisible. Ignorée. Oubliée.
‹ risèd : Un bureau à la taille de ses ambitions : celui du Ministre de la Magie.
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Simon
&
Cornelia
So Fetch

Ici les ombres sont humides.
Elles suintent, rampent, frémissent.
Le long des murs, dans les coins sales.
Agglutinées en grappe sur le plafond bas du couloir étriqué.
Elles s’accrochent aux cheveux, appuient sur la poitrine.
Tachent la peau.
Le son rassurant de ses talons se répète à l’infini sur la pierre luisante.
Tac.
Tac.
Tac.
A l’unisson avec son cœur. Comme un orchestre que son souffle peine à diriger.
Ils tapent, frappent, clament avec ferveur.
Cherchent une logique.
Cherchent un repère.
Cherchent un mouvement.
Car ici plus rien ne bouge.
Plus rien ne vit vraiment.
Tout stagne, jusqu’aux secondes.
C’est comme si l’obscurité elle-même avait commencé moisir.
Les narines retroussées.
Une odeur de charogne.
Un parfum d'agonie.
C’est l’espoir qui est en putréfaction.
On tente de lui indiquer le chemin.
Elle agite une main agacée.
Elle ne connaît que trop bien.
Elle est elle, qu’ils ne fassent pas semblant de ne pas savoir ce que cela signifie.
Les cheveux détachés. Les manches du blazer retroussées sur ses poignets minces.
Son rouge-à-lèvres presque trop éclatant pour la circonstance.

Elle l’avait choisi pour ça. Quand elle s’était vue le miroir, en noir des escarpins jusqu’aux bagues, on l’aurait dite prête pour un enterrement. C’est à peu près le cas, après tout. Elle vient contempler un mauvais souvenir, une existence interrompue, exclue de celle des autres, cachée soigneusement sous les ténèbres et la pierre. Un cadavre, en somme.

Mais elle ne donnerait pas à Simon la sensation qu’elle les respectait, lui et sa situation déplorable, ça serait un cadeau bien trop grand pour son petit être racorni. Son stock de compassion avait une capacité extrêmement limitée et elle ne comptait certainement pas en dépenser pour les causes perdues. Elle avait donc sorti une couleur scandale. De quoi égayer son quotidien carcéral.
Autour d’elle, le patronus nage.
Si réaliste dans les abysses humains.
Sourd aux cris, qu’on entend et qu’on devine. Aveugle aux visages émaciés, qui parlent plus que leur bouche.
Les tentacules ondulent paresseusement, éclairent de leurs rayons pâles la poussière qui danse sur son passage. Il n’est pas vraiment tiède, pas vraiment grand. Mais il est suffisant.
On lui a dit que ce n’est pas nécessaire. Qu’ils sont bien tenus, à l’écart des visiteurs.
On disait pareil du Sombral qui avait défiguré sa grand-mère.
Cornelia avait tiré une seule leçon, inestimable, de cet épisode nauséeux : ne jamais faire confiance au petit personnel.
Elle avait donc jeté son sort, rejetant d’un même coup les protestations du garde et ses cheveux derrière son épaule. Qu’ils ne l’approchent pas, ces trucs presque cauchemars. Elle est bien trop belle pour se laisser embrasser.
Une main ferme est agrippée autour de l’anse de son sac à main, dont le coin ne cesse de taper contre son mollet au fur et à mesure que les pas s’accumulent. Elle ne fait à peu près rien pour empêcher les coups. Le contact de cuir contre ses bas à quelque chose de rassurant. Ca lui rappelle qu’elle existe bien, dans ce lieu désincarné. Qu’elle ne fait que passer. Qu’elle vient pour un travail précis. Un but. Que tout ça, ce n’est qu’un nouveau décor de théâtre, une scène de plus à jouer.
Elle fronce légèrement la tête des sourcils. Son visage se fige en un masque marbré d’insolence.
Il s’arrête. Elle aussi.
Un verrou.
Deux verrous.
Un charme.
La serrure clignote, gémit et crachote.
Les gonds grincent d’un timbre rouillé.
Ses poils sont agités par un frisson. Son menton se relève, pour donner le change.
Elle avance.

- You will be…

Elle a refermé la porte avant qu’il ne finisse sa phrase.
La pièce est large.
Vide.
Aussi propre qu’on peut l’espérer dans ce trou.
Pas de fenêtres. Pas d’issue.
Tac.
Tac.
Tac.
La pointe de ses ongles cliquète en se refermant sur le dossier métallique d’une chaise visiblement très inconfortable, placée à en vis-à-vis de sa jumelle, de l’autre côté de la table constellé de ratures et gribouillis.
Elle tire.
Les muscles se tendent, les articulations jouent, les dents se serrent.
Mais rien.
Elle penche le buste, regarde les pieds.
Oh.
Plus que collés, ils sont fondus, scindés au sol, enfoncés dans le béton.
En périphérie, elle remarque que ceux de la table et de l’autre siège le sont aussi.
Elle se relève lentement. Passe le bout de sa langue sur sa lèvre inférieure.
Sans doute une mesure de prévention pour toute agression de client à sorcier à la défense.
Rassurant.
Alors qu’elle se glisse avec souplesse contre le rebord de la table pour s’installer sur son trôné fixé, un sourire féroce fait filer sa poudre entre les plis de ses fossettes.
Certains diraient que dans le cas de Cornelia, la précaution tiendrait plus de la survie du client.
Et ils n’auraient pas tort.
Elle inspire à fond.
Ferme les yeux.
Dans le silence, les émotions bourdonnent, les regrets se morcellent. Les échos des douleurs oubliées et des histoires passées éclatent comme de petites bulles contre les murs nus.
Tout-ça.
Tout-ça, ça ne la concerne pas.
Ca ne l’a jamais concernée.
Expire.
Le sac sur les cuisses, elle l’ouvre avec lenteur.
Une fiole remplie d’un gel transparent.
Un thermos rempli de café trop noir.
Une plume à papote à la pointe d’acier.
Elle aligne les trois objets devant elle, avec une précision militaire.
Elle a apporté un petit tas de dossiers qu’elle extirpe et claque contre le table. La plupart ne concernent absolument pas Simon. Mais c’est une question de principe. Lui faire comprendre qu’elle est bien trop occupée pour être là. Que la vie continue, sans lui, et que sa présence était une bénédiction rare. Elle les étale soigneusement pour envahir son côté de la table. Un petit accessoire aide toujours pour une performance théâtrale crédible.
Bien qu’elle n’ait pas encore totalement déterminé les termes de son rôle.
Tranquillement, elle s’appuie contre le dossier, baguette dans la manche, mains croisées presque en prière.
Son regard se fixe droit devant elle.
Elle ne sait pas exactement pour quoi elle est venue.
Elle ne l’avouera évidemment pas.
Cornelia Rosier sait.
C’était un fait social. Une vérité exacte.
Si on lui pose la question, elle répondrait que c’est par bonté d’âme, qu’en route pour gérer le témoignage d’un client lié à une affaire internationale de la plus haute importance, elle a décidé de s’arrêter quelques minutes pour prendre des nouvelles de son cousin. Il est un animal réprouvé, évidemment, mais qu’y peut-elle ? Son cœur est trop lourd pour ne pas donner des nouvelles de son enfant malade à un père, fut-il répugnant.
En vérité, dans la mélasse d’émotions que les potions ont malmenées depuis des années au point qu’elle ne cherche plus vraiment à les distinguer, c’est probablement la curiosité qui l’a poussée à passer une matinée d’été radieuse cloîtrée dans la décharge publique de la société.
Le sentiment s’était allumé quand elle avait reçu la lettre.
Il avait eu de la chance.
D’ordinaire, elle ordonnait qu’un brûle tout document provenant des criminels qui ne payaient pas de contrat chez Rosier and Associates.
Son assistante avait eu l’intelligence de comprendre le caractère spécifique de ce criminel-là et de la glisser silencieusement sur son bureau. Elle lui aurait bien donné une promotion si elle ne faisait pas aussi mal le thé.
Comme toujours, le style ressemblait à son auteur.
Brouillon, creux, imprécis.
Elle avait compris qu’il s’agissait d’une affaire urgente, qui nécessitait une visite ô combien non-désirée. Mais il n’avait laissé aucune trace concrète du fond de son problème.
Sa première réaction avait évidemment été de lui répondre sur son parchemin le plus épais avec son écriture la plus calligraphiée « NO ».
Mais avant que sa plume préférée ne trouve l’encre bleuâtre, elle s’était brusquement demandé pourquoi il s’adressait à elle.
Après tout, leurs relations tenaient très loin du cordial.
Leurs confidences se résumaient à la gestion de l’entreprise de Simon et du patrimoine de la fortune familiale. La plupart du temps, ils ne s’écoutaient pas. Se contentant d’une communication monosyllabique dans laquelle même les sarcasmes finissaient par se tarir.
Parmi ce qui devait lui rester d’amis et les autres membres des Rosier, Cornelia n’était certainement pas la première personne à laquelle il aurait fait appel de son plein gré.
Deux options s’ouvraient alors à des perspectives très différentes.
La première était une matière légale.
L’addiction pour le barreau de la blonde s’était trouvée titillée.
La pellicule de poussière sur les dossiers du mangemort n’avait cessé de croître de façon ininterrompue depuis son procès.
Le temps passe.
La politique change, les lois aussi.
Si il avait des changements à faire dans son testament ou un stratagème de vente de ses parts de marché de dernière minute à lui proposer, elle serait évidemment au rendez-vous pour suivre ce genre de négociations.
La deuxième était que Simon était tout simplement devenu fou.
Et Cornelia ne manquerait pour rien au monde un tel divertissement.
C’était cette réflexion qui avait entretenu ce besoin étrange d’en savoir plus.
Ce regard amusé qui contemple à présent une porte en train d’apparaître dans le mur.

- And here is the dad of the year.

Elle se lève, sourire de femme d’affaire.
Il est là. La porte n’est plus.
Le silence s’engouffre.
Une seconde.
Deux seconde.
Sa silhouette blafarde se décide à bouger.
Elle lui serre la main énergiquement, se réinstalle avec un professionnalisme étudié.

- Bonjour cher cousin.

Son accent découpé à la hache.

Avec application, elle dévisse le bouchon du flacon posé quelques minutes auparavant et s’applique une couche épaisse de désinfectant sur les doigts. Une odeur âcre d’alcool agresse leurs narines. Les paumes luisantes, elle le jauge d’un regard affectueux.

- I thought this room was depressing. But now I see your face.

Le violet et le gris se disputent son faciès.

Il a maigri et n’a probablement pas vu la lame d’un rasoir depuis un bon moment.

Ses yeux vitreux parasités par les cernes.

Ses lèvres mal hydratées.

En quelque sorte, il est toujours beau.

Un charme pitoyable.

Comme ces niffleurs décharnés dans le refuge du chemin de traverse.

Elle laisse quelques secondes de malaise les oppresser encore un peu.

- Don’t thank me…

Il a ouvert la bouche. Elle a levé un index.

De son ton tranchant, rapide, elle s’adresse à lui tout en examinant un parchemin sorti d’un de trieurs amassés à ses côtés :

- As you may not know cause you never cared about anything but yourself, I apply a strict deontological policy in my firm.

Elle hoche la tête, souriante.
Son regard revient vers son cousin.
Sa bouche se tord en une moue vaguement dégoûtée.

- That includes me and my clients. You’d understand that I can’t make a pro bono action out of a family case. It’s called decency you’ll get used to it… eventually.

Majeur et annuaire gauches se collent et repoussent jusqu’au prisonnier la feuille où un tableau recouvert de chiffre luit sous la lumière ignoble de la salle. Quand les yeux las du Rosier se posent dessus, sa signature se trace lentement au bas du document.

- You are now aware you will be paying full price for my services. I’ll let you deal with your… Anna for the payment schelude.

Sans attendre, elle claque des mains, pesque enjouée.

- Are we good ? Well at least I am. Great. Now…

Bien dressée, la plume se lève à mesure que l’accent interrogatif de sa voix se marque. Droite comme un i, elle lévite tranquillement jusqu’à un calepin carré posé près du coude droit de Cornelia. Celle-ci vient positionner ses poings sous son menton, la tête penchée légèrement sur la gauche, les paupières plissées par-dessus une moue arrogante.

Prenant le ton le plus détaché possible, elle garde des nuances intriguées dans le bleu de ses iris.

- So ? In which honnour are we celebrating this little family reunion ?

CODAGE PAR AMIANTE
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MessageSujet: Re: Cell Block Tango (Con #1)   Mer 30 Aoû 2017 - 11:36

PRISONERS • bloodstains on the carpet
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‹ réputation : il n'est plus rien, l'héritier réprouvé d'une famille presque extincte, indigne de toute confiance et bon à moisir dans les geôles d'Azkaban.
‹ faits : toujours considéré comme une ordure remplaçable, dans le clan désuni de Voldemort, Rosier est désormais perçu comme un lâche ayant déserté avant la bataille finale. Un monstre qui a abusé de la confiance d'une sorcière honnête (Anna), et un père indigne par-dessus le marché. Nombreux sont ceux qui auraient aimé maintenir la peine de mort jusqu'à ce qu'il y passe.
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We're older now and yes we've grown apart, but it seemed to me, it was with you from the start, yearning to find yourself a home, and now that it's yours, do you still feel alone, cause I recall a time you lost your mind, you seemed so small, that was years ago

(the spectre of a rose) Il y avait ce bar no-maj, dans le Queens, où il traînait souvent. Un taudis qui ne payait pas de mine, paumé entre une laverie automatique et un immeuble délabré. Il se souvenait qu’un panneau annonçant des rénovations imminentes pendait misérablement à une fenêtre pétée. Il se souvenait de l’odeur rance qui s’échappait de ce trou à rats, de la barbaque mal cuite, et des habitués avachis sur leurs tables ou au comptoir, hypnotisés par la boîte à images perchée sur une étagère branlante. Il avait découvert les sports des moldus entre deux gorgées de whiskey, et leurs exploits (selon les exclamations enjouées de ses voisins de tablée) ne l’avaient ni impressionné, ni passionné. Alors, les coudes sur le zinc du comptoir, il terminait son assiette, vidait son verre, fouillait ses poches à la recherche d’argent moldu, déposait une poignée de dollars chiffonnés sans les compter, y laissait probablement une fortune, puis disparaissait comme il était venu. Il s’était attaché à ce bar un peu dégueulasse — il n’avait rien à y faire, personne à attendre, et dînait avec sa conscience pour seule compagnie, parfois un journal (s’étonnait que les lettres et les images ne se rebellent pas sous ses yeux). Il buvait, fumait, s’emmerdait seul.

Il ne sait pas pourquoi il y pense.
Mais entre ces quatre murs ne lui restent que ses souvenirs, et sa respiration, dans une moindre mesure. Lente et régulière, à l’instar des songes vagabondant d’un bout à l’autre de son crâne douloureux. Les réminiscences l’occupent, sans pour autant lui arracher de sourire béat ; du reste, il comprend maintenant qu’il se rappelle le bar à cause de ce même cloaque où il croupit désormais. Sans l’odeur et l’ambiance. La tambouille d’Azkaban garnit encore un plateau oublié dans un coin de la cellule, et tandis qu’un œil torve s’y hasarde, ses narines tressaillent. Il a perdu du poids, l’abruti. Les côtes sont apparentes, les épaules décharnées, les joues creuses. Le lit lui bousille les lombaires, pourtant il le quitte rarement. Passe ses journées allongé. Le temps est devenu un concept abstrait, et ce malgré la surveillance constante des matons, leurs visites impromptues ou leurs rondes dans le couloir. Il se rappelle l’odeur de renfermé de sa chambre quand avec Elias, ils fumaient en écoutant The Hobgoblins. Les journées à rien foutre, à errer dans le Londres moldu, malgré les remontrances de leur père, qui n’en finissait pas de se désoler d’avoir engendré de tels tire-au-flanc. Cornelia avait cessé de lever les yeux au ciel lorsqu’ils déboulaient quelque part avec la discrétion d’un troupeau de dragons enragés, elle avait dû s’y habituer, à leurs blagues potaches et à leurs idées à la con. Vingt ans plus tard, il n’a plus de cigarettes, plus de musique, plus de frangin. L’isolement ne lui réussit pas, tandis que ses doigts s’égarent sur les côtes désormais apparentes. Ils l’avaient enfermé ici « pour sa sécurité », c’était une procédure normale, attendue après une tentative de suicide, lui avait-on débité d’un ton monotone. Une évaluation psychiatrique bâclée plus tard, il était donc de retour à Azkaban, coupé du reste du monde, des philtres à avaler matin et soir pour le garder amorphe et l’interdiction formelle de voir qui que ce soit, si ce n’est le guérisseur du coin et les gardiens surveillant son couloir.
La semaine dernière, ils l’avaient finalement renvoyé vivre parmi la populace carcérale — apparemment, il avait passé quatre semaines en isolement. Dans la cour, il profite d’une cigarette moldue qu’un guérisseur a bien voulu lui céder. Quand ils l’ont mis dehors, ses guiboles se sont presque dérobées, et les rayons solaires lui ont brûlé la rétine à mesure qu’il s’accoutumait de nouveau à la lumière du jour. Il a réfléchi quelques jours, a laissé ses oreilles vagabonder ici et là avant de demander des comptes à ceux qui étaient mieux informés que lui. « What did I miss? » il avait lancé à un gardien, qui avait haussé les épaules, « a lot. Not much. Depends. » De nouvelles mesures, des peines allégées, le retour de la dignité, en quelque sorte. On l’avait enfin autorisé à recevoir des visites, et il avait voulu voir Anna, lui expliquer, s’excuser (encore) — elle l’avait convaincu d’arrêter de jouer au con, de réclamer justice de la même façon qu’elle avait dû se battre pour récupérer la garde de leur fille (qui babillait alors dans ses bras). De dire la vérité, aussi obscure soit-elle, de plaider la folie si ça pouvait déboucher sur une issue favorable ; n’importe quoi, pourvu qu’il ne moisisse pas davantage ici. Aussi s’était-il retrouvé à griffonner une missive brouillonne à la seule personne capable de faire la part des choses, et celle qui l’avait enfoncé plus bas que terre en janvier dernier — cette dear Nellie, à qui il prétexta une urgence ne pouvant être expliquée sur parchemin.

Les entrées de Cornelia ne manquent jamais de style. Elle est impériale, ne déroge pas à ses habitudes. « And here is the dad of the year. — Sod off. » Les liens du sang se sont effrités avec les années, ne restent plus que de vagues politesses et une indifférence blessante, tandis qu’elle lui serre vivement la main. Ils ont grandi ensemble et elle le salue avec un professionnalisme glaçant, si bien qu’il commence à douter de ses souvenirs.  « I thought this room was depressing. But now I see your face. » Un rictus mauvais lui froisse le visage. « Can’t see yours under all that make-up. » Traditions vachardes honorées, il la toise d’un œil méfiant, non sans regretter sa missive. « Don’t thank me… » You wish. Il ne réagit pas, s’installe à son tour, avec une lenteur affligeante qui n’accentue qu’un peu plus sa posture déplorable. Lui qui avait toujours plutôt bien présenté. « As you may not know cause you never cared about anything but yourself, (comme si l’égoïsme n’était pas une valeur que la vaste majorité des Rosier partageait) I apply a strict deontological policy in my firm. — For fuck’s sake, » il soupire. « I’m not here for your– —That includes me and my clients, elle continue sans lui tenir rigueur de cette interruption. You’d understand that I can’t make a pro bono action out of a family case. It’s called decency you’ll get used to it… eventually. » Les narines tressaillent. « Didn’t expect a special treatment or anything, don’t worry. » Surtout de sa part. Cornelia n’est pas vénale mais la démesure de son ambition n’a d’égal que son flagrant opportunisme ; elle l’a renié de la même manière qu’elle a honni Elias, et en dépit de tout, il ne peut pas lui en vouloir. L’admire, presque, de s’en être aussi bien tirée. Il l’imagine pleurnicher au Ministère à l’instar de Desmond lorsque le Lord est tombé la première fois ; réhabiliter leur patronyme n’est sans doute pas une mince affaire, et il se doute, sans lui demander confirmation, qu’elle a dû tirer toutes les ficelles possibles et inimaginables afin de retrouver un semblant de prestige dans cette société post-guerre. Pas la peine de se fourvoyer, il l’aurait imitée sans la moindre hésitation. « You are now aware you will be paying full price for my services. I’ll let you deal with your… Anna for the payment schelude. » Le goût aigre d’une injure qu’il a ravalée à la dernière minute lui brûle la langue. « Are we good ? Well at least I am. Great. Now… So ? In which honnour are we celebrating this little family reunion ? » Pendant une brève seconde, il regrette chaque décision l’ayant mené à ce moment précis de son existence. Cornelia affiche une mine aussi radieuse que victorieuse alors qu’il peine à se tenir droit contre le dossier de sa chaise, et il lutte avec l’irrépressible envie de disparaître plutôt qu’affronter le regard acier de sa cousine. Elle a déployé toute son armada, comme si ce n’était qu’un vulgaire rendez-vous professionnel (l’était-ce seulement ?), attend une réponse sans doute claire et concise, parce que c’est Nellie, et Nellie n’aime pas qu’on tourne autour du chaudron. Il l’abhorre, cette presque sœur. Il se redresse (tant bien que mal), tente, assez pitoyablement, de se parer des vestiges de son aplomb, mais la gorge le trahit malgré un pénible raclement, et s’échappent alors des paroles rocailleuses. « I’ve heard the new government or whatever promised to reexamine our cases and might even reduce some sentences, not that I’m expecting them to lighten mine, but Anna wants me to try, for Charlotte. » Les épaules s’affaissent. Il a oublié pourquoi il a convoqué Cornelia, songe à sa gamine. « She’s big now, » il murmure presque, sans forcément s’adresser à sa cousine — à qui, de toute façon, il n’apprend probablement rien de nouveau. Ça lui a brisé le cœur de la voir s’époumoner dans les bras d’Anna lorsqu’elles ont dû partir, l’autre jour. Un rien le distrait. « I was… I’m not going to ask you twice. I just need your help. » Elle peut tout lui reprocher, mais il n’a jamais abusé de son aide, aussi précieuse soit-elle ; au contraire, il a toujours été trop têtu pour reconnaître qu’il en avait besoin. Trop imbécile. « It was fun for a while but I’ve just spent a fucking month in solitary confinement and I’m losing my fucking mind, » il se gratte le bras gauche où plusieurs croûtes menacent de se rouvrir à mesure que les ongles creusent les sillons boursouflés. « I’m losing it. » Il a déraillé depuis longtemps, le Rosier. « Have they told what happened? As soon as I got out of St Mungo, they just put me in a cell. Felt like my first rehab. » Ses élucubrations n’ont pas beaucoup de sens, mais dès lors qu’il sortait d’un épisode psychotique, Simon ne faisait pas grand cas de la cohérence de ses propos. « I want to get help, I can’t live with what’s going on in my head anymore, I just can’t. And the truth is, I’m not asking you to represent me or take my case or— » Il s’interrompt. « I want you to understand what I did. » Sans pour autant éclaircir davantage ses marmonnements sibyllins, il marque une nouvelle pause, et parfois, jette des œillades défiantes (paranoïaques) par-dessus son épaule. L’histoire sera longue, et incomplète, sa mémoire lui joue des tours. « If it was Evan instead, would you have helped him at all? » Ça ne l’effraie pas, de prononcer ce prénom proscrit des conversations, et d’invoquer ainsi le fantôme du chef de leur fratrie dissolue. Une lueur de défi s’est ravivée au creux de ses billes bleues. « I wonder. » Comme une envie de dégueuler, la provocation lui échappe brutalement des lèvres. « Is Elias your new favorite brother now? » Ses griffes se décrochent de la carne malmenée pour se poser sur son genou. « Where did we go wrong? » Un ricanement las ponctue ses paroles. Son regard se plante dans celui de sa vis-à-vis, « Do you know how many times I dreamt about killing you after my trial? » Il l’a su dès qu’elle est entrée dans son champ de vision : il serait incapable de mettre sa rancœur de coté.

• • •

Been gone too long, so don't wait up, it's 3am, I got held up, Tried to call, I'm on my way. Will I see you? I've got lost in foreign lands, Tried to get back, oh, I hoped you understand, Just remember the love is a gun in your hand
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