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sujet; i will remember you (anwina #1)
MessageSujet: i will remember you (anwina #1)   Jeu 12 Jan 2017 - 16:58

WIZARD • always the first casuality
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‹ inscription : 20/11/2016
‹ messages : 307
‹ crédits : mathy.
‹ dialogues : #666699


‹ âge : 34 ans
‹ occupation : ancienne journaliste au Daily Prophet, à présent indépendante
‹ maison : Gryffondor
‹ scolarité : 1981 et 1988.
‹ baguette : en bois d'ébène, contient un ventricule de dragon et mesure 28,5 cm.
‹ gallions (ʛ) : 960
‹ réputation : c'est la petite-fille de Millicent Bagnold et est considérée comme une traître qui écrivait tout ce que le Magister voulait malgré les résultats de son procès
‹ particularité : en train d'apprendre l'occlumancie
‹ résidence : un petit studio sur le Chemin de Traverse
‹ patronus : une panthère
‹ épouvantard : un nuage de fumée noire qui l'enveloppe.
‹ risèd : sa sœur, heureuse et en bonne santé.
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i will remember you

I'm so afraid to love you, but more afraid to lose. Clinging to a past that doesn't let me choose. Once there was a darkness, deep and endless night, you gave me everything you had, oh you gave me light


   
   
   

December 17th, 2003 La brume était épaisse à l’extérieur, l’humidité se figeait sur les vitres dans un condensé de petites gouttes, voilant ainsi les rares lueurs du jour. Il faisait froid. Pas ce froid inhabituel qui s’était fixé sur le Londres sorcier à chaque fois que les Détraqueurs glissaient dans les rues du Chemin de Traverse. Non, plutôt un froid d’hiver, celui d’un milieu de mois de décembre, ce froid verglaçant qui cristallisait les gouttes d’eau sur les branchages … Enroulée dans son plaid au milieu du canapé, Mina détaillait l’arbre de Noël que sa sœur et sa grand-mère avaient généreusement décoré avec elle la veille au soir. Un air mélancolique obscurcissait son regard habituellement si brillant. Yule était dans moins d’une semaine, et contrairement aux autres années, elle ne le passerait pas au manoir des Bagnold ; hors du périmètre, avaient dit les personnes responsables de son cas. Elle voulait tant revenir en arrière et effacer tout ce qu’elle avait fait sous le règne de Voldemort, elle voulait tant oublier qu’elle fut un temps la marionnette d’un monstre. Son ancienne vie lui manquait. Elle avait besoin des bras tendres de ses parents, du sourire joyeux de sa sœur, de la sincérité de sa grand-mère. Ils prenaient tous des pincettes avec elle ces derniers temps, et elle ne comprenait pas pourquoi. Parfois, ils murmuraient dans leur coin, se donnaient des coups de coude ou se lançaient des regards pleins de sens … Ils lui cachaient quelque chose, sans aucun doute, mais elle ne savait pas quoi, et n’avait pas les moyens de le découvrir si elle restait enfermée dans son appartement vingt heures par jour. La date de son procès n’avait pas encore été divulgué, mais en attendant, elle suivait un protocole très cadré : autorisation de sortir dans un périmètre restreint durant deux heures le matin et deux heures l’après-midi, surveillance accrue des visites qu’elle reçoit et des interactions qu’elle a, vérification de son courrier et surtout, contrôle hebdomadaire de sa baguette, chaque mercredi. Se sachant coupable, elle suivait scrupuleusement ces règles sans rechigner, mais au fond, elle souffrait énormément de cette solitude.

Tout était tellement silencieux. Les hululements de Sulky lui manquaient déjà ; il était parti chasser la veille et n’était pas encore revenu. Le bruit des griffes de Jumpy contre les grilles de sa cage lui manquait aussi ; il était tombé malade il y a quelques jours et Lenora avait fini par l’envoyer dans un cabinet de vétérinomagie. Tout était beaucoup trop calme. D’ordinaires, elle ne se serait pas plainte parce qu’elle aimait ça le silence ; mais là, au moment où elle avait le plus besoin d’être entourée, elle ne le supportait plus. Elle s’efforçait d’oublier, de faire passer le temps par divers moyens. Elle lisait beaucoup, écrivait aussi énormément. Elle gardait ainsi une trace manuscrite de ses souvenirs et se défoulait sur le nouveau gouvernement qu’elle trouvait à peine mieux que l’ancien. Elle avait aussi trouvé un nouvel objectif à sa vie, elle voulait devenir occlumens, avant tout pour retrouver un sens dans les pensées qui se mélangeait dans sa tête, mais également pour se protéger contre d’éventuelles intrusions, parce que ses convictions se renforçaient chaque jour un peu plus : quelqu’un l’avait manipulée. D’ailleurs, certaines personnes en parlaient, ils dénonçaient ces actes infâmes, parlaient de lavage de cerveaux. Mina, elle n’acceptait jamais les choses sans qu’on ne lui fournisse des preuves, mais à défaut de pouvoir les obtenir, elle se contentait d’étudier sa propre expérience. Faisait-elle partie de ces personnes ayant subi le brainwashing ?

Alors qu’elle grattait quelques mots à ce propos sur son carnet de notes, des coups de bec furent donnés contre la fenêtre. Levant les yeux vers l’animal, elle fut ravie de voir Sulky revenir à la maison. Elle s’enveloppa dans sa couverture et alla ouvrir la fenêtre. Le hibou s’engouffra avec plaisir dans l’appartement et commença à faire son beau devant elle. « Hey mon beau, te voilà enfin ! Je pensais que tu m’avais abandonnée ! » Le volatile hulula avant d’aller se poser sur la lampe de l’entrée. Mina haussa les épaules. « D’accord, tu préfères te poser là-bas. Tant pis, pas de miamhibou. » Le hibou semblait complètement désintéressé par ce chantage affectif. Mina referma la fenêtre et retourna vers le canapé. Alors qu’elle allait s’asseoir, des coups furent frappés à la porte. Pensant d’abord que c’était l’œuvre de Sulky, elle ne bougea pas et fixa simplement l’entrée. Mais lorsque les coups furent plus francs, elle dut admettre que ce n’était pas un rêve. Elle jeta un œil à sa montre et se leva. Qui pouvait donc venir lui rendre visite aujourd’hui et à cette heure-là ? Jusqu’alors, les rares personnes qui venaient encore la voir étaient sa grand-mère et sa sœur, sauf qu’aujourd’hui, elle avait un rendez-vous important à l’hôpital pour Lenora, donc ce ne pouvait pas être elle. Elle était méfiante, mais pas effrayée car elle savait parfaitement que chacune des personnes qui se présentait chez elle était autorisé à le faire. Elle se traîna jusqu’à la porte et jeta un œil par le judas. Un jeune homme – plutôt séduisant, il fallait le dire, mais à la mine fatiguée – se tenait devant la porte. Réfléchissant durant une fraction de secondes, elle comprit immédiatement qui était cette personne. Déverrouillant la porte, elle ouvrit, un sourire cordial sur les lèvres. « Bonjour. Excusez-moi, je n’attendais pas de visites aujourd’hui, du coup, je ne savais pas si je devais ouvrir ou pas. » Elle attrapa le parchemin qui se trouvait sur la commode de l’entrée. « Et puis, je pensais que ce serait toujours la même personne qui viendrait … » Elle lui tendit une plume et le rouleau. « Voilà le registre. Je vous laisse signer, je vais chercher ma baguette. » Comment avait-elle pu oublier que le contrôle de sa baguette se faisait tous les mercredis ? Nerveuse, elle récupéra sa baguette d’une main et tripota son pendentif de l’autre. Elle ne savait pas trop d’où lui venait cette manie et avait encore du mal à se souvenir qui lui avait offert ce collier, mais à chaque fois qu’elle n’était pas à l’aise, elle jouait avec. Elle revint vers l’homme pour récupérer le registre et le laisser entrer mais Sulky se mit à hululer de plus en plus fort. « Calme-toi Sulky s’il te plait. Pourquoi t’énerves-tu à ce point ? Tu n’as pas fait ça avec son collègue la semaine dernière. » Se tournant vers celui qu’elle avait reconnu comme le fonctionnaire du ministère responsable du contrôle de sa baguette, elle récupéra le papier. « Excusez-moi, je ne comprends vraiment pas ce qui lui prend. Entrez donc monsieur — elle regarda le registre — Anwar Maseed ? » Elle recula pour le laisser entrer. « Installez-vous, » dit-elle passivement. Son esprit était déjà ailleurs. Ce prénom, Anwar, n’était pas commun mais bizarrement, il lui rappelait quelque chose. Elle fixa durant plusieurs secondes le parchemin sans réussir à s’en détacher.  

« Willa ?Hum ?Où est ta bague ? » Baissant les yeux vers ses deux mains, elle haussa les épaules. « Quelle bague ? » Lena s’approcha d’elle et tira sur la chaîne autour de son cou. « La bague d’Anwar ! » Elle fronça les sourcils et commença à jouer avec le petit pendentif en forme de clé. « Qui est Anwar ? » Les yeux de Lenora se froncèrent à leur tour et un coup de poing s’abattit sur son épaule. « Aie. Qu’est-ce qu’il te prend ? » En réponse, Lenora lui asséna un second coup et grogna. « Tu avais promis Willa, tu avais promis ! » Elle ne comprenait plus rien, ne savait même pas de quoi elles parlaient, pourtant un sentiment de culpabilité la parcourut. Elle avait fait une promesse à sa sœur mais ne l’avait pas tenue. Qu’était-ce donc ? Ses pensées étaient constamment en vrac en ce moment et elle oubliait beaucoup de choses, mais avec un peu de réflexion, elle finissait toujours par se souvenir, sauf que cette fois-ci, rien ne vint. « Je … suis désolée. Je sais pas … » La détresse se lisait dans ses yeux et Lena semblait l’avoir perçue parce qu’elle s’arrêta. « Laisse tomber. Tu veux bien aller me faire un thé ? » Elle était encore un peu déboussolée mais se leva du lit. « Oui d’accord, je reviens … »

« Euh … Je … » Elle reposa la feuille sur la commode et s’avança vers le dénommé Anwar pour lui tendre sa baguette. « Tenez … Voulez-vous boire quelque chose ? » Elle se dirigeait déjà vers la cuisine pour attraper deux verres et lorsqu’elle revint à peine trente secondes plus tard, Sulky était déjà en train de mordiller les manches du visiteur. « Je ne comprends vraiment pas ce qui lui arrive. Il doit bien vous aimer … » Elle lui dit face et lui sourit. « Est-ce que ça sera aussi long que la dernière fois maintenant que vous avez déjà tous les papiers ? » Elle désigna la baguette du menton. Ses doigts touchèrent une fois de plus son collier, mais elle était trop distraite par l’homme pour se rendre compte de sa manie … Elle ne le connaissait pas, elle en était certaine, mais un sentiment profond semblait lui souffler qu’elle avait déjà croisé sa route à un moment. Était-ce possible ?

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MessageSujet: Re: i will remember you (anwina #1)   Sam 14 Jan 2017 - 15:48

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‹ âge : trente-trois ans (21/08/70).
‹ occupation : journaliste politique (ancien du Daily Prophet), correspondant pour ScryNews et présentateur de l'émission politique The Chatty Wizard.
‹ maison : Serdaigle.
‹ scolarité : 1981 et 1988.
‹ baguette : bois de pin, ventricule de dragon, vingt-huit centimètres et demi.
‹ gallions (ʛ) : 787
‹ réputation : fouille-merde notoire.
‹ particularité : legilimens.
‹ résidence : dans un studio situé à deux pas de Monkstanley — autrement dit, rien de bien glamour.
‹ patronus : un caméléon
‹ épouvantard : le cadavre de Mina.
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We act like we had never met
I saw you again, it felt like we had never met, It's like the sun set in your eyes and never wanted to rise, And what have you done with the one I love? When I look into your eyes, I see no surprise. I always thought it was sad The way we act like strangers, After all that we had, We act like we had never met

« Et Mina ? » La bouche pleine de toasts, il haussa mollement les épaules. Ses doigts couraient sur l’anse de sa tasse de thé, et il évitait soigneusement de croiser le regard inquisiteur de sa mère. À l’autre bout de la table, son père feuilletait le journal sans renchérir, mais il sentait parfois ses yeux glisser sur lui, et même si la chaleur du foyer familial le rassurait, maintenant qu’il pouvait de nouveau circuler en toute liberté dans le monde moldu, le comportement de ses parents lui pesait plus qu’il ne voulait l’admettre ; et avait empiré, depuis son retour de l’hôpital. Quant à lui, il prétendait que tout allait bien, terré dans le déni de l’année passée. Il avala une dernière gorgée de thé avant de se lever de table pour débarrasser avec son bras valide. « Laisse, je vais le faire, s’enquit aussitôt sa mère, courant à sa rescousse comme s’il était en sucre. — Je peux mettre une tasse dans l’évier–Non, non, c’est bon, et elle se dépêcha de nettoyer à sa place, un peu fébrile. Et tu n’as pas répondu, où est Mina ? » Il n’avait pas eu le temps de leur expliquer, et son silence au sujet de sa fiancée (ex-fiancée ?) attisait les angoisses de sa pauvre mère, désormais convaincue que celle qu’elle considérait déjà comme sa belle-fille avait péri. Il l’avait consolée, non, Mina est vivante, Mina va bien, c’est compliqué — compliqué était un euphémisme, dans leur situation. « Je vais la voir aujourd’hui, il dit enfin, je dois récupérer des affaires (dans notre appartement où je ne peux plus mettre les pieds étant donné qu’elle ne se souvient pas de moi) qu’elle a gardées. — Il faut qu’elle vienne à la maison. » Ses billes noires tombèrent sur la Une du journal cachant le visage de son père, « yeah, » il concéda.

« Elle est fragile. Elle s’emporte facilement. C’est très dur pour elle, parce qu’elle ne comprend pas la moitié de ce qu’il se passe autour d’elle. Je n’imagine même pas ce que ça a pu être pour elle, de se réveiller de cette espèce de… de transe.Elle va être jugée quand même ? » Millicent Bagnold hocha la tête, sans mot dire. À ses cotés, il redécouvrait un Chemin de Traverse que la guerre n’avait pas épargné ; des sorciers ouvriers s’activaient de tous les cotés pour reconstruire les bâtiments, des matériaux valsaient constamment dans les airs, et des façades entières d’immeuble se ravalaient d’elles-mêmes. L’ancienne Ministre de la Magie avait glissé un bras autour du sien, tandis qu’ils arpentaient la rue principale — celle-ci regagnait lentement ses couleurs. Il y avait même des enfants. Pendant un instant, les battements de son cœur s’accélérèrent. « Le procès est prévu bientôt ?Ça va être rapide. Ils veulent se débarrasser de cette corvée.Mina a un sorcier à la défense ?On travaille sur son dossier. Ce ne sera pas compliqué de l’innocenter, c’est juste… éprouvant. Pour tout le monde. » Il avait plus d’un an de nouvelles à rattraper, et pourtant, les questions ne lui venaient pas si facilement. Il n’avait que le prénom de Mina aux lèvres. « Tu es toujours le bienvenu à la maison, tu sais. Il osa un sourire. — Je me suis installé chez mes parents. Il faut juste que je récupère des affaires chez Mina. Si elle les a gardées. Lena m’avait dit d’attendre un peu mais– Je comprends. » Sa main tapota la sienne, dans un geste qui se voulait réconfortant.

Il était tard, quand il poussa la porte de son ancien immeuble. Il avait passé une partie de l’après-midi au Ministère. Formalités administratives. (Il s’en foutait, il avait juste signé où on lui disait de signer.) S’était arrêté à la Gazette du Sorcier, sans y entrer. Il avait marché — en simple citoyen, les mains dans les poches, une chape de plomb lui pesant encore sur les épaules. Il tressautait facilement. N’avait confiance en rien, ni personne. A fucking mess. Le chemin jusqu’à son appartement lui parut interminable, et plusieurs fois, il songea à rebrousser chemin, revenir plus tard, mais s’il commençait ainsi, il ne remettrait plus jamais les pieds ici. Devant le huis de Mina, il manqua de se rétracter. Et finalement, ses phalanges cognèrent la porte une première fois. Elle était forcément chez elle. (Il la dérangeait. Il la dérangeait.) Ses paupières se pressèrent contre ses yeux rougis de fatigue, et en puisant dans ses dernières réserves de volonté, il osa frapper encore, de façon plus franche.
Et il entendit la serrure.
Et elle apparut.
Et il déglutit —
« Bonjour. Excusez-moi, je n’attendais pas de visites aujourd’hui, du coup, je ne savais pas si je devais ouvrir ou pas. » Alors c’était vrai. Il s’humecta les lèvres, les bras ballants, ouvrit, ferma la bouche, « Je–Et puis, je pensais que ce serait toujours la même personne qui viendrait … » Il n’avait strictement aucune idée de ce dont elle parlait mais la suivit à l’intérieur de leur appartement — qui avait bien changé depuis qu’il l’avait quitté. Elle avait meublé. Son regard vagabondait entre le canapé, le sapin de Noël et les quelques décorations festives égayant le salon, la cage de Sulky (qui hululait avec une force insoupçonnée), puis revint sur Mina. Elle devait  le confondre avec un employé du Ministère — s’il avait bien compris ce que lui avait expliqué Millicent, elle était surveillée pour collaboration avec le gouvernement du Ministère. Il s’était alors insurgé, scandalisé par leur ignorance, vomissant des invectives à l’égard de leurs nouveaux dirigeants — et l’ancienne Ministre de la Magie l’avait enjoint à se calmer, arguant que beaucoup de criminels auraient pu prétendre avoir été manipulés afin d’éviter la prison, si le bénéfice du doute était accordé à toutes les supposées victimes des lavages de cerveau. Du reste, rien n’était établi, ni prouvé, avait-elle sombrement ajouté. Mina lui fourra une plume et un rouleau dans les mains, coupant court à ses réflexions. « Voilà le registre. Je vous laisse signer, je vais chercher ma baguette. » Sa baguette ? Ses yeux se baissèrent sur l’intitulé dudit registre, et il comprit, avec un pincement au cœur, qu’ils surveillaient scrupuleusement son usage de la magie. D’ailleurs, il était si déconcerté qu’il ajouta, machinalement, son nom sur le parchemin — ou alors était-ce pour retarder le moment fatidique où il devrait expliquer les raisons véritables de sa visite impromptue. Pis, qui il était. Pour elle, tout du moins. Ou qui il était supposé être. À l’instar des vieilles cassettes VHS qu’il rembobinait par plaisir lorsqu’il était gamin, cette scène s’était jouée tellement de fois dans son esprit, sous des formes si différentes, qu’il peinait à assembler ne serait-ce qu’un début de phrase pour lancer la conversation. « Calme-toi Sulky s’il te plait. Pourquoi t’énerves-tu à ce point ? Tu n’as pas fait ça avec son collègue la semaine dernière. » On a choisi Sulky ensemble, tu te souviens ? On avait besoin d’un hibou. Tu te souviens ? Il adressa au volatile un sourire désolé, tandis que Mina lui prenait le parchemin des mains. « Excusez-moi, je ne comprends vraiment pas ce qui lui prend. Entrez donc monsieur — son poitrail se comprima, quand elle déchiffra son nom, et il comprit, il comprit que c’était son cœur qui manquait un battement, ou qui s’était brisé, il n’en avait aucune idée — Anwar Maseed ? Installez-vous. — Merci, » il articula. Gorge serrée et tripes en vrac, il s’exécuta, abruti, submergé, surtout, de la revoir, si près de lui, de lui parler, de contempler son sourire, redécouvrir ses manies, entendre sa voix, aussi nerveuse soit-elle — elle le considérait comme un inconnu (mais il en était un, il en était un) et putain, putain ce que ça faisait mal. « Tenez … (Il attrapa sa baguette mais la reposa aussitôt sur la commode la plus proche.) Voulez-vous boire quelque chose ?Hm–de l’eau, ou du thé, s’il te plaît– » Sulky avait voltigé vers lui afin de se jucher sur son épaule, satisfait, manifestement, de retrouver l’un de ses perchoirs favoris. Il approcha un doigt de son bec, « long time no see, » chuchota-t-il assez bas pour ne pas attirer l’attention de Mina. « Je ne comprends vraiment pas ce qui lui arrive. Il doit bien vous aimer …Sûrement, » il esquissa une grimace vaguement souriante. « Est-ce que ça sera aussi long que la dernière fois maintenant que vous avez déjà tous les papiers ? Hm– » il s’interrompit lorsqu’elle tripota le collier qu’elle avait autour du cou. « Mina… » il ne pouvait pas, lui, prétendre. Il avait l’indulgence, pas la force, ni la volonté, de lui mentir — et son espoir périclitait à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche. Millicent lui avait conseillé d’être patient, et il aurait pu l’être, il aurait pu l’être dans d’autres circonstances ; mais si la patience devait se muer en imposture, il préférait leur éviter à tous les deux une deuxième trahison. « Je viens pas pour ta baguette– il se frotta le bout du nez, les yeux fuyant. « Je… je pensais que Lena te dirait… laisse tomber, hum, je viens récupérer des affaires. Je–je–tu te souviens pas, sans doute… je vivais ici. » Peut-être avait-elle jeté lesdites affaires, à défaut de se souvenir à qui elles appartenaient. Ou peut-être les avait-elle gardées dans un coin, avec la vague intuition qu’elles ne se trouvaient pas là sans raison. À dire vrai, il ignorait aussi ce qu’il était venu chercher, en s’invitant chez elle — des vêtements, il pourrait en racheter, et ses bouquins aussi. Le matériel était futile. C’était juste pour elle. Et s’il avait pu tendre la main, et effleurer sa joue, la serrer contre lui, si fort—fuck. « J’suis désolé de… de t’importuner comme ça. Je peux revenir plus tard. Je… » Il secoua la tête.

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So many things I tried to tell you, So many things I tried to say, But my words all fall like empires Into the ocean, Like an ancient language We both used to know, Only you and I used to know. It's no longer spoken.
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MessageSujet: Re: i will remember you (anwina #1)   Lun 16 Jan 2017 - 1:02

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« Hm–de l’eau, ou du thé, s’il te plaît– » L’utilisation si familière du tutoiement crissa à ses oreilles comme la pointe d’une plume abîmée sur un parchemin souillé de mensonges. Qui était-il pour se permettre tant de familiarité ? Il semblait bien loin du professionnalisme et du détachement des autres fonctionnaires ministériels. À dire vrai, il semblait encore plus loin de dégoût et de la répugnance qu’elle lisait dans le regard de la plupart des personnes qui croisaient sa route. Elle ne leur en voulait pas. Elle ne les jugeait pas. En fait, elle était même de leur côté, du même avis qu’eux. Elle se dégoûtait, se répugnait, se détestait. Cette impression constante d’être sale, d’être étrangère à son propre corps, d’être enchaînée à une existence qui ne lui appartenait pas. Elle n’avait plus aucune estime d’elle, plus aucune confiance en elle. Lui, pourtant, semblait si sûr de lui, si amical … Personne n’avait été amical avec elle depuis si longtemps … Cela pouvait-il être vrai ? Éprouvait-il vraiment de la sympathie pour elle ou n’était-ce qu’un profond mélange d’illusion et d’hypocrisie ? Ses yeux divaguaient sur ce visage qu’elle trouvait si beau, si mélancolique. Ses doigts grignotant toujours le symbolisme de son pendentif, son esprit s’imprégnait de cette folle envie d’attraper son appareil photo et de capturer ce corps, ces traits, ce regard … Émanait de lui un petit quelque chose qu’elle était incapable de se représenter, mais qu’elle voulait pourtant ne jamais oublier. L’espace de quelques secondes, le temps semblait s’être arrêté, la réalité s’était étiolée et le rêve avait rongé les dernières preuves de ses méfaits passés. Quelques longues secondes, quelques mystérieuses secondes, quelques minuscules secondes. « Mina… » Son paradis s’éteignit et le destin reprit ses droits. « Comment vous— » Une expression de surprise se figea sur son visage et la méfiance obscurcit son regard. Seul son proche entourage savait qu’il ne fallait pas l’appeler Wilhelmina, alors lui comment savait-il ? Plus elle y réfléchissait et plus elle était convaincue qu’il lui cachait quelque chose. Cet homme n’était pas ce qu’il prétendait être. Il n’était pas fonctionnaire du ministère, il n’était pas là officiellement, il n’était pas là avec de bonnes intentions, il n’était pas là pour être gentil. Mais l’avait-il prétendu après tout ? Se souvenait-elle à un seul moment qu’il ait clairement dit qui il était et ce qu’il venait faire ici ? Cherchant dans sa mémoire et se rejouant la scène qui venait de se dérouler, elle se rendit compte que rien de ce qu’elle avait cru n’avait clairement été énoncé. Encore des interprétations, encore des impressions, encore des mensonges … Et son cœur se brisa, et son esprit s’embrouilla. « Je viens pas pour ta baguette– » Aveu implicite de ses desseins cachés. Alors pourquoi ? avait-elle envie de demander, mais déjà il répondait comme s’il avait lu dans ses pensées. « Je… je pensais que Lena te dirait… laisse tomber, hum, je viens récupérer des affaires. Je–je–tu te souviens pas, sans doute… je vivais ici. » Cette information tomba comme la lame d’une guillotine achevant sa victime, comme la condamnation à mort qui l’attendait au bout du chemin. Il était fou. Il délirait. Ce n’était pas possible. Son cerveau se déconnecta, comme s’il cherchait à se protéger d’une nouvelle intrusion. Son crâne n’était plus qu’une coquille vide, démunie de toute conscience, privée de tout libre-arbitre. Ses actes n’étaient plus que la résonance du choc qu’elle venait de subir. Elle se leva, bouscula la table, les verres vacillèrent, glissèrent et se brisèrent sur le sol dans une traînée de petits éclats brillants. Elle baissa les yeux, le regard vide, l’esprit absent et l’enveloppe charnelle devint soudainement si lourde, si inutile. « J’suis désolé de… de t’importuner comme ça. Je peux revenir plus tard. Je… » Elle ne l’écoutait plus. Ses pupilles fixaient les débris de verre comme s’ils avaient le pouvoir de se reconstituer d’eux-mêmes, comme s’ils avaient la capacité de reformer ces objets cassés. Mais tout ça n’était pas si simple, les choses ne se réparaient pas si facilement. Il fallait du temps. Il fallait du temps pour qu’elle ne soit plus l’ombre d’un décor monochrome. Il fallait du temps pour qu’elle ne soit plus la marionnette d’un dictateur déchu. Il fallait du temps pour qu’elle ne soit plus la spectatrice de sa propre vie … Elle devait se réapproprier son corps, sa tête, chaque parcelle de souvenirs, chaque fragment de son existence … Mais qui était Mina Bagnold ?

Une douleur lancinante la tira de ses songes et la ramena face à lui. Elle ne savait pas quand, elle ne savait pas comment, mais elle était accroupie à côté de la table, un bout de verre dans la main. Ses doigts l'avaient serré tellement fort que sa paume était à présent traversée par une profonde entaille. Elle leva à peine les yeux de cette blessure lorsqu’elle s’exprima d’une voix tremblante. « Je ne vous crois pas. Je ne sais pas qui vous êtes. Qui êtes-vous ? » Elle avait peur. Peur de ce qu’il savait d’elle, peur de ce qu’il pourrait utiliser contre elle. Elle devenait paranoïaque ; peut-être, sûrement … Que venait-il faire ici ? Avait-il enquêté sur elle ? Était-ce encore un coup monté du ministère pour la faire craquer ? Elle se leva et recula. « Que faites-vous ici ? Comment connaissez-vous Lena ? Si vous êtes là pour me faire parler, si vous êtes là pour trouver des preuves contre moi, sachez que je ne dirai rien ! Je n’ai rien à dire ! Je ne dirai rien sans mon sorcier à la défense. » Elle délirait. Elle pointait agressivement le morceau de verre brisé en direction de cet homme dont elle ne savait rien. Était-ce la douleur de la blessure et la perte de sang qui la mettait dans cet état ? Ou était-ce ce tourbillon incessant d’idées sombres qui traversait son esprit ? Elle n’était plus en pleine possession de son corps, elle ne savait plus ce qu’elle faisait. Elle s’éloigna le plus possible de lui sans le quitter des yeux. Ses jambes ne s'arrêtèrent qu’au moment où son dos rencontra une cloison de son appartement. Et elle réalisa. Elle réalisa sa psychose, elle réalisa sa folie. Ce n’était pas elle. Elle n’était pas comme ça, elle n’était pas censée être comme ça. « Restez loin de moi ! » Elle se laissa glisser au sol et lâcha son arme à côté d’elle. « Je ne sais pas ce qu’il m’arrive. » Elle plaqua ses mains contre son visage et étala le liquide écarlate sur son faciès fatigué. « Je— Je suis—  désolée. Je — » Dans son monde à elle, c’était encore la guerre. Une guerre intérieure, une guerre personnelle, une guerre contre elle-même … Qui elle était, ce qu’elle pensait, ce qu’elle risquait … Tellement d’inconnues, tellement d’inconstance, tellement d’incertitude. Elle voulait s'en sortir, mais elle n'y arriverait pas seule. Elle avait besoin d’aide.

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MessageSujet: Re: i will remember you (anwina #1)   Sam 21 Jan 2017 - 21:12

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‹ résidence : dans un studio situé à deux pas de Monkstanley — autrement dit, rien de bien glamour.
‹ patronus : un caméléon
‹ épouvantard : le cadavre de Mina.
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We act like we had never met
I saw you again, it felt like we had never met, It's like the sun set in your eyes and never wanted to rise, And what have you done with the one I love? When I look into your eyes, I see no surprise. I always thought it was sad The way we act like strangers, After all that we had, We act like we had never met

Idiot, idiot, idiot. Il n’aurait pas dû venir, encore moins la brusquer de cette manière, comme s’il avait espéré que le son de sa voix suffise à réveiller des souvenirs dont elle s’était volontairement amputée. À quel point lui était-il devenu insupportable, à quel point l’avait-il fait souffrir pour qu’elle en arrive à une solution aussi drastique ? Ces questions le tourmentaient, revenaient sans cesse le hanter quand son esprit vagabondait, mais on se contentait de lui adresser un coup d’œil désolé quand il osait en parler. Une tape sur l’épaule, un sourire penaud, rien de plus. Ses billes noires scrutèrent sa vis-à-vis, mais pénétrer ses songes était d’autant plus douloureux qu’observer cet éclair d’incompréhension traversant parfois son regard, car il n’y avait rien, absolument rien, sinon cette vague impression, si fugace qu’il s’agissait sans doute de ses propres espoirs, de l’avoir connu quelque part. Un fracas de verre interrompit leur échange maladroit et ce magistral quiproquo ; pendant un instant, Mina demeura interdite, et lui-même se retrouva à contempler les éclats de vaisselle jonchant le sol d’un air absent, sans mot dire. « Attends- » au moment où elle s’agenouilla pour ramasser les débris, il l’imita aussitôt et retint une grimace lorsqu’il tendit, machinalement, son bras raide vers les fragments transparents. « Je ne vous crois pas. Je ne sais pas qui vous êtes. Qui êtes-vous ? » Elle s’était emparée de l’un des morceaux de verre brisé traînant par terre, en le toisant d’un œil circonspect. « Mina, ta main- » Elle l’ignora, tandis qu’il voyait perler du creux de sa paume quelques gouttes de sang — du reste, elle ne semblait pas se préoccuper de la douleur, et braquait agressivement l’éclat pointu dans sa direction. Il secoua la tête, « je ne suis pas là pour-Que faites-vous ici ? (Il se redressa à son tour, eut assez jugeote pour garder ses distances.) Comment connaissez-vous Lena ? Si vous êtes là pour me faire parler, si vous êtes là pour trouver des preuves contre moi, sachez que je ne dirai rien ! Je n’ai rien à dire ! Je ne dirai rien sans mon sorcier à la défense. » Qu’est-ce qu’ils lui avaient fait. Interloqué, il put seulement secouer la tête de gauche à droite, presque frénétiquement tant il voulait démentir ses accusations, et échappa un « non, je te jure » pathétique. Face à elle, dans cet état, il était désarmé. Perdait ses moyens. Lentement, sa main retira sa baguette de la manche qui l’abritait et, sans rompre un contact visuel oppressant, il la posa entre eux, sur la table, comme gage de bonne volonté — elle le terrifiait. Non pas qu’il craigne qu’elle le plante (il ne serait pas à une blessure près), mais elle était si désorientée, et effrayée, et fragile, quand il l’avait connue fière, téméraire, impulsive. « Restez loin de moi ! » Son palpitant tambourinait contre ses tempes. « S’il te plaît- — Je ne sais pas ce qu’il m’arrive. » Lui non plus. Lui non plus. Et il ne pouvait pas — il ne pouvait l’étreindre, lui promettre que tout irait bien, qu’il était là, qu’il ne lâcherait pas, quoiqu’il arrive. C’était impuissant qu’il assistant à sa déchéance.
two years ago « Pizza ?On devrait arrêter de s’empiffrer de pizza.C’est le seul plat que tu ne peux pas brûler-Salaud ! » Mina lui balança un coussin dans la figure, qu’il évita de justesse en se fondant derrière le comptoir de leur kitchenette, hilare. Il était minuit passé, quand la discussion bascula des affaires de meurtres de moldus non résolus à leurs estomac criant famine. Allongée sur le ventre, les pieds en l’air, Mina raturait des parchemins, tandis qu’il arrangeait les nombreux monticules de journaux et de papiers dispersés dans chaque coin du studio — l’œuvre de sa compagne, en reine de l’ordre dans le chaos qu’elle était. « Y a rien dans le frigo ? » elle lança en se redressant à moitié. « Hm, il ouvrit la porte, détailla piteusement les étagères vides et une salade périmée, non, à moins que tu veuilles une intoxication alimentaire. — Attends, regarde dans le placard du haut, à gauche, je suis sûre qu’il y a quelque chose dedans !Tu vas me lancer quelque chose si je dis que je te fais pas confiance ? » Un grognement lui arracha un sourire, qui se transforma immédiatement en grimace lorsqu’il découvrit qu’en effet, un paquet de cookies à moitié ouvert pourrissait dans un coin du placard. « Y a ce resto ouvert toute la nuit à un immeuble d’ici, ça te dit ? (Il l’entendit soupirer.) — On n’est pas couché de toute façon. » Ils ramassèrent manteaux, moufles, bonnets et se chaussèrent sans troquer leurs accoutrements — à savoir leurs survêtements — contre quelque chose de plus présentable. Ce n’était cependant pas la première fois qu’ils s’en allaient braver le froid pour se nourrir — et Dieu savait qu’ils avaient essayé, tant bien que mal, de s’organiser, de prendre de bonnes résolutions, mais terminaient irrémédiablement par ranger un excès de dossiers dans le réfrigérateur plutôt que de quoi se sustenter (ça, et les restes qu’il ramenait parfois de chez ses parents). Mina avait enroulé son bras autour du sien, le nez caché derrière une écharpe en grosses mailles, « on devrait vraiment faire les courses. — C’est ce qu’on dit à chaque fois. » Il sentit sa tête se caler contre son épaule, et entendit son rire, étouffé par la laine couvrant la moitié de son visage.
Et pour rien au monde il n’aurait entendre autre chose.
« Je— Je suis—  désolée. Je — » Une rotule à terre, il esquissa un sourire aussi bref que sincère et tendit sa paume vers elle avec une précaution infinie — comme s’il s’adressait à une enfant apeurée. « That’s okay. Montre-moi ta main. » Il avait appris à rafistoler des plaies superficielles en deux temps trois mouvements, au sein de la rébellion, mais ce n’était pas une histoire qu’il confierait de sitôt à Mina — au lieu de quoi, il attrapa doucement sa main blessée, frôla du bout de sa baguette l’entaille, et fixa les chairs se refermer, sans la lâcher. Des mois, des mois qu’il avait attendu un contact quelconque avec elle ; et il pouvait désormais sentir sa peau sous la pulpe de ses doigts, et la proximité de leurs visages le força à se reculer dès qu’il en prit conscience, gêné. Il termina par terre, et appuya un avant-bras contre son genou relevé, sa baguette sous son autre main, bien en évidence sur le plancher. « Je… je m’appelle vraiment Anwar, t’en fais pas. On se connaissait… d’avant, » il confessa, du ton le plus neutre possible. Comme si rien de ce qu’ils avaient vécu n’avait existé. Ils n’avaient jamais vécu ensemble, ne s’étaient jamais fiancés, n’avaient jamais parlé de leur futur, ne s’étaient jamais aimés ; non. S’il était le seul à se souvenir d’eux, avaient-ils réellement existé ? Finalement, il serait obligé, lui aussi, de modifier quelques détails de l’histoire, d’affadir la vérité, lorsqu’il avait pensé, trop assuré, trop secoué, que ce ne serait pas nécessaire. Ça l’était. Pour elle, et peut-être pour lui, dans le fond. « On s’entendait bien. Cette litote lui broya le palpitant. Je suis journaliste aussi. Je–je travaillais à la Gazette. » Il y eut un silence, pendant lequel il guetta sa réaction. « C’était pas mon intention de te faire peur… j’aurais dû me présenter tout de suite. Je… tout est un peu confus, en ce moment. » Menteur, menteur, menteur. « C’était maladroit. Et quand je disais… quand je disais que je vivais ici, c’était une façon de parler, je- j’ai laissé des affaires ici une fois, et je me demandais si tu ne les avais pas trouvées, ou mises de coté. » Il aurait dû écouter les conseils de Lena. Ne pas venir. Rester en retrait. Attendre le procès. Il passa une main fébrile sur son crâne, « c’est pas grave, je peux… hm… enfin… je peux prévenir quelqu’un, ou… » La gorge nouée, il se fit violence afin de retrouver un semblant de contenance. « T’écouter, peut-être. Je… je suis pas psychomage, mais si t’as besoin—besoin de quoique ce soit, really… » Ses pensées s’entremêlaient les unes aux autres dans un inextricable amas d’idioties confuses, et les mots qui franchissaient la barrière de ses lèvres n’avaient absolument aucune corrélation avec ce qu’il voulait dire, mais il refusait de la laisser seule dans cet état — il ne pouvait pas partir ainsi.

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MessageSujet: Re: i will remember you (anwina #1)   Lun 13 Fév 2017 - 16:58

WIZARD • always the first casuality
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‹ âge : 34 ans
‹ occupation : ancienne journaliste au Daily Prophet, à présent indépendante
‹ maison : Gryffondor
‹ scolarité : 1981 et 1988.
‹ baguette : en bois d'ébène, contient un ventricule de dragon et mesure 28,5 cm.
‹ gallions (ʛ) : 960
‹ réputation : c'est la petite-fille de Millicent Bagnold et est considérée comme une traître qui écrivait tout ce que le Magister voulait malgré les résultats de son procès
‹ particularité : en train d'apprendre l'occlumancie
‹ résidence : un petit studio sur le Chemin de Traverse
‹ patronus : une panthère
‹ épouvantard : un nuage de fumée noire qui l'enveloppe.
‹ risèd : sa sœur, heureuse et en bonne santé.
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Faible. Fragile. Vulnérable. L’impuissance, elle la connaissait. Elle l’expérimentait déjà depuis plusieurs années, elle la vivait, y résistait … D’ordinaire si brave, si courageuse, elle avait troqué ses habits de combattante pour ceux d’esclave. Elle avait laissé tomber ses convictions profondes pour l’opinion commune. Elle avait tourné le dos à tout ce qu’elle croyait pour se retrouver là, l’échine courbée, le visage baissé, la main éventrée … Elle n’était plus. Disparue, abandonnée, refoulée. Il ne restait d’elle que cette coquille vide, cet esprit distant et divagant, cette porte ouverte par laquelle s’était échappé tout ce qui avait un jour constitué son existence. Au fond d’elle, elle savait que tout cela était faux. Cette mise en scène était imprégnée d’incertitude et de sordidité. Elle n’était qu’une piètre actrice dans cet environnement qu’elle n’était plus tout à fait sûr de reconnaître. Ces meubles, ces photos, ces objets, elle ne se rappelait pas avoir un jour accordé autant d’importance à ce qu’elle possédait. Cela était-il dû à cette peur de tout perdre ? N’avait-elle pas déjà tout perdu ? A l’issue de ce procès, il ne resterait peut-être plus rien de sa personne, plus rien de son identité, plus rien de son passé … Elle ne serait plus que ce souvenir bancal et flou que les autres avaient d’elle. Se souviendrait-elle d’eux ? Anwar, elle l’avait bien oublié … « That’s okay. Montre-moi ta main. » Lorsqu’elle sentit son contact contre sa peau, elle retira immédiatement sa main. Elle ne voulait pas qu’il ne la touche. « Non. S’il vous plait … N’approchez pas. Je … » Pourtant il s’accrocha et lorsque ses yeux se baissèrent sur sa blessure, la plaie se refermait déjà, ne laissant qu’une fine cicatrice dans sa paume encore recouverte de sang. Elle releva tout juste les yeux pour se rendre compte de leur proximité qu’il reculait déjà en retombant sur le parquet de l’appartement. Elle l’observa longuement, les yeux encore humides et la main ouverte dans sa direction. Elle ne sentait plus rien, ni la peine, ni la peur, ni la douleur. Il n’y avait plus que ce regard posé sur elle. « Je… je m’appelle vraiment Anwar, t’en fais pas. On se connaissait… d’avant. » Ses sourcils se froncèrent et elle essaya de se rappeler cet avant, ce passé dans lequel un Anwar existait, un passé où ce prénom et cette silhouette ne lui étaient pas inconnus. « Je ne comp— On s’entendait bien. Je suis journaliste aussi. Je–je travaillais à la Gazette. » Comment ? Mais comment pouvaient-ils donc bien s’entendre alors qu’elle ne se souvenait de rien le concernant ? Elle avait la sensation d’être un fardeau, cette personne ignorante à qui il fallait tout dire. Elle avait oublié, tout simplement, comme ça, en un claquement de doigt. Elle n’y croyait pas. La mémoire ne pouvait pas être si sélective. Surtout s’ils s’entendaient bien. Ses pensées s’emmêlèrent à nouveau et un mal de crâne atroce l’assaillit. Elle plaqua ses paumes sur ses paupières fermées et appuya de toutes ses forces dessus dans le but de contrôler le flux d’informations qui circulait dans son crâne. Anwar. Avant. Journaliste. Gazette. Elle avait l’impression de devenir folle. Comme si son cerveau était passé dans un mixeur et qu’il n’en restait plus que des morceaux de souvenirs dans un flot d’incertitudes. « C’était pas mon intention de te faire peur… j’aurais dû me présenter tout de suite. Je… tout est un peu confus, en ce moment. C’était maladroit. Et quand je disais… quand je disais que je vivais ici, c’était une façon de parler, je- j’ai laissé des affaires ici une fois, et je me demandais si tu ne les avais pas trouvées, ou mises de côté. » Ses mains glissèrent lentement le long de son visage. Se gravèrent, sous ses traits, les marques d’une détresse invisible. « Je ne m’en souviens pas. Je ne sais pas … Je … ne sais … pas. » Elle bafouilla, n’arrivait même plus à traduire son trouble en paroles. Elle se tassa contre le mur et se mit à espérer s’y fondre, afin de disparaître. La fuite, c’était la facilité. Et même si Mina n’avait jamais été du genre facile, elle recourrait bien à cette échappatoire. « C’est pas grave, je peux… hm… enfin… je peux prévenir quelqu’un, ou… » Sa tête s’agita de droite à gauche avec tant de conviction qu’elle fut prise de vertiges. Elle ne voulait inquiéter personne, pas plus qu’ils ne s’inquiétaient déjà pour elle. « T’écouter, peut-être. Je… je suis pas psychomage, mais si t’as besoin—besoin de quoique ce soit, really… » Elle resta silencieuse, incapable de mettre des mots sur ce qu’elle ressentait ou ce qu’elle vivait. Tout n’était qu’un mélange d’émotions qui allait et venait, la rendant particulièrement susceptible. Elle aurait aimé parler, elle aurait aimé pouvoir parler, mais elle n’y arrivait pas. Elle ne savait pas comment …

Frottant son visage du plat de la main, elle poussa un profond soupir. Ses membres restèrent immobiles, comme si le temps s’était figé et que plus rien n’avançait. Seul le tic-tac sonore de la pendule de l’entrée détrompait ce tableau. Son regard dévisageait Anwar avec insistance, comme si cela suffirait à lui rappeler qui il était. Elle creusait, dans sa tête, dans son cœur, dans ses sensations, mais tout ce qu’elle y trouvait était le vide. L’absence. Elle finit par détourner son attention de cette preuve infâme de faiblesse et s’agrippa au rebord du meuble pour se relever. Il avait beau lui rappeler tout ce qu’elle n’était plus, tout ce qu’elle n’arrivait pas à être, elle ne souhaitait pas qu’il parte. Une fois debout, elle vacilla légèrement, se retint au mur et fit un pas de côté, comme si rien ne s’était passé. « Je … Vous voulez dire qu’on se connait vraiment ? » Elle venait de réaliser qu’elle ne voulait pas parler de ce qu’elle vivait ; non, en fait elle voulait que les autres parlent, qu’ils lui donnent des réponses. « Comment c’est possible ? » Elle n’arrivait toujours pas à comprendre. Tout semblait si invraisemblable. Impossible. « Est-ce que c’est à cause de ce qu’ils m’ont fait ? » Ces idées trottaient trop souvent dans sa tête ces derniers temps. Son cerveau donnait l’impression de vouloir lui donner des indices sur ce qu’il s’était passé dans sa vie, sans pour autant mettre le doigt sur l’aspect principal du problème. « Je veux dire — » Elle s’interrompit, freinée dans sa réflexion par sa propre logique. Impensable. Pourtant … « Ils parlent tous de lavage de cerveaux. » Elle baissa les yeux sur lui, le fixa et se remit à contredire ses hypothèses. Elle n’arrivait pas à admettre que cela avait pu lui arriver, mais en même temps, il était encore plus difficile pour elle d’admettre qu’elle avait défendu durant des mois entiers, la politique du plus grand mage noir jamais connu. Ses paupières se baissèrent pour tenter d’effacer ses doutes, pour attraper la vérité comme elle venait … La question qui lui brûlait les lèvres finit par sortir. « Brainwashing … Est-ce qu’ils m’ont fait ça ? Est-ce que c’est pour ça que — » La culpabilité pesait sur sa poitrine. « … je ne me souviens pas ? » De vous. De toi. De nous. De ce qu’on était ou de ce qu’on n’était pas. « Je suis désolée … » Elle avait besoin de le dire à haute voix, pour se pardonner. Un peu. Elle aurait pu lui faire du mal, uniquement parce qu’elle ne l’avait pas reconnu. Peut-être lui en faisait-elle déjà ? Sûrement. Elle hésita, porta le bout de ses doigts sur ses lèvres pour retenir les paroles qu’elle s’apprêtait à dire. Elle ne devait pas l’importuner plus longtemps. Elle ne devait pas. Cependant, elle avait besoin de savoir. « Parle-moi de toi. » Le tutoiement avait un goût âcre mais elle devait se réhabituer. S’ils avaient vraiment été amis, elle devait faire un effort. « Je ne me souviens pas. Mais j’ai besoin de me souvenir, j’ai besoin de retrouver mes marques. Aide-moi. Comment nous sommes nous rencontrés ? » Elle aurait pu demander n’importe quoi, mais ce fut cette question qui trouva de l’importance à ses yeux. S’il fallait recommencer, le début était sans doute une évidence.

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MessageSujet: Re: i will remember you (anwina #1)   Lun 13 Mar 2017 - 16:40

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Il n’allait pas tout lui dire — pas tout de suite, du moins. On était ensemble, fiancés même, et on se disputait sur la date du mariage, et on parlait d’avoir des enfants, et souvent le soir, on pensait à tous les endroits qu’il nous restait à visiter, et on se disait, on repartira bientôt en vacances, loin de tout ça. Et ça me brise le cœur que ce ne soit que mes souvenirs, et plus les tiens. Il s’était accrochée à l’espoir de leurs retrouvailles pendant des mois, avec l’énergie du désespoir parfois, c’était la seule chose qui le motivait à continuer : si on avait retiré ses convictions à Mina, il devait se battre plus fort pour les défendre. Il n’aurait jamais pu imaginer un tel dénouement à leur histoire, et c’est en croisant une fois de plus ses billes noires qu’il comprit que c’était fini. C’est pas un film, il se dit. C’est pas un film. À son tour, il se hissa sur ses jambes et contourna la table basse pour s’installer sur le canapé. « Je … Vous voulez dire qu’on se connait vraiment ? Comment c’est possible ? » Il s’efforçait de ne pas laisser paraître son désarroi, mais à la manière dont il fuyait parfois son regard pour observer l’appartement, leur appartement, ou au contraire, si enfin il plantait ses orbes sombres dans les siens, il ne pouvait s’empêcher de fouiller, de soulever cette couche d’incompréhension qui lui voilait les yeux, sans rien y trouver. Il refusait pourtant de croire qu’il n’y avait plus d’espoir ; la magie avait ses failles, la magie avait toujours une faille, et il n’en démordrait pas. Quelque chose bloquait, mais rien n’était perdu — et ça, cette certitude si tenace, personne ne la lui enlèverait.
Il se composa un masque affable, patient, celui d’une vieille connaissance venant aux nouvelles. « On travaillait ensemble, sur pas mal de sujets en fait. On avait toujours la même vision des choses. » À défaut de lui avouer la vérité, il se contenterait de lui rappeler à quel point elle était talentueuse, assurée, têtue. « Tu étais la seule personne à qui je confiais mes brouillons pour un avis. » Les commissures de ses lèvres se relevèrent brièvement. « On se voyait aussi en dehors du boulot. On allait manger dans un restaurant qui n’est pas très loin d’ici– » et il s’interrompit, au risque d’ajouter maladroitement, je ne sais pas si tu y es retournée depuis. C’était stupide. « On était… on était amis. On s’est perdu de vue après que… » après que, après que, après que quoi, « pendant l’été 2002, je crois. » Il regretta aussitôt ses paroles. Les lèvres pincées, il remarqua à peine que sa jambe gigotait nerveusement. « Est-ce que c’est à cause de ce qu’ils m’ont fait ? » Il haussa les épaules, et resta silencieux pendant un moment, incertain de la réponse qu’il devait lui donner — je pense, oui, j’en suis sûr même. Il ignorait ce qu’on avait pu lui raconter sur sa « perte de mémoire », encore moins de la raison pour laquelle elle était aujourd’hui considérée comme une collaboratrice de l’ancien gouvernement, et loin de lui l’idée de nourrir ses appréhensions. Il préférait prétendre — tout comme il prétendait qu’ils n’étaient que de simples « collègues ». « Je veux dire — Ils parlent tous de lavage de cerveaux. » Anwar hocha la tête, le regard rivé sur les pieds de la table basse. « Brainwashing … Est-ce qu’ils m’ont fait ça ? Est-ce que c’est pour ça que— je ne me souviens pas ? » Il était frustré. Frustré que les procès soient si vite expédiés. Frustré que les Mangemorts aient le droit à être défendus (traités comme des êtres humains, un statut discutable compte-tenu de leur dévouement à la cause d’un malade mégalomane et de leur propension à torturer, manipuler, tuer– la liste n'en finirait pas). Frustré que les enquêtes n’avancent pas plus vite, que personne ne semblent s’intéresser à ces cas de lavage de cerveau. Sa colère ne cessait d’enfler depuis qu’il avait retrouvé le cours normal de sa vie — et il avait beau participer à tout ce à quoi il pouvait participer, quitte à camper devant le Ministère pour obtenir des réponses, aussi nébuleuses soient-elles, il ignorait où se situaient les préoccupations réelles du gouvernement dans ce nouveau schéma de la communauté magique. Il avait parfois l’impression qu’ils souhaitaient simplement jeter tous les éléments problématiques dans un coin afin de redémarrer à neuf, ce qu’il ne pouvait concevoir lorsque le cas de Mina demeurait inexpliqué. Il y avait un coupable, il y avait des victimes, et ils insistaient pour mettre sa parole, son innocence, en doute. Machinalement, ses poings s’étaient serrés, et tandis qu’elle bafouillait une excuse, il secoua à nouveau la tête. « C’est aux autres de s’excuser, pas à toi. » Il cherchait ses mots mais seules des invectives à l’égard de leurs dirigeants inspiraient ses discours, récemment. « Je pense… je pense que oui, ils t’ont formatée pour que tu leur obéisses. Personne ne sait encore comment ça s’est passé ou qui en a été l’instigateur. Pendant le conflit, on a failli être virés de la Gazette pour nos articles soi-disant subversifs. Ça veut tout dire. » Il espérait la rassurer quant à sa réelle allégeance, mais au fond, il n’était pas convaincu — il ne pouvait pas étayer ses soupçons, ni lui fournir des preuves, c’était juste son intuition, et les rares témoignages recueillis, mais ce qu’il détenait n’était pas assez solide. Chaque point pouvait être réfuté, contesté, et il ne pouvait se permettre les erreurs d’un débutant quand la liberté de Mina était en jeu. « Parle-moi de toi. » Déconcerté, il échappa un rire aussi court qu’étouffé, et la tension qu’abritaient ses épaules se dissipa aussitôt. « Je ne me souviens pas. Mais j’ai besoin de me souvenir, j’ai besoin de retrouver mes marques. Aide-moi. Comment nous sommes nous rencontrés ?C’est… il commença, sans parvenir à dissimuler un rictus amusé, une longue histoire. » Et quels détails pourrait-il occulter qui ne dévoilent pas la vérité ? Leur rencontre, ils l’avaient racontée de si nombreuses fois ensemble que la narrer seul, à cet instant, lui paraissait presque inconcevable. D’ordinaire, il commençait, et Mina se dépêchait de prendre la relève — ils étaient ce couple se terminant les phrases, au grand dam de leur audience, qui avait droit à une version hachée de cette histoire ressassée. « En Egypte, il dit alors. On ne couvrait pas le même évènement mais on s’est retrouvés coincés au même endroit pendant une tempête de sable. C’était vraiment le chaos, il y avait des défaillances magiques, personne ne savait quand on pourrait sortir… on a bien dû rester là pendant des heures. J’avais remarqué ton badge du Daily Prophet, du coup, je t’ai approchée. Je crois que c’était juste pour éviter de faire les cent pas comme un idiot. » (Et t’étais jolie. Et je voulais te parler. J’sais pas. Tu m’as envoyé balader.) « C’était… le stress. On a parlé pendant un moment, et de retour à Londres (je t’ai invitée pour un café), on a travaillé sur un—un article, » il était écrivain, il pouvait inventer toutes les histoires qu’il voulait en un rien de temps, mais mentir ne lui venait pas si naturellement, alors il édulcorait, il édulcorait, jusqu’à l’écœurement. Anwar fouilla alors sa poche de blouson, la mauvaise, changea de main, grimaça à cause de son épaule raide, et extirpa finalement une coupure chiffonnée de la Gazette du Sorcier, qu’il tenta, tant bien que mal, de défroisser du mieux qu’il le pouvait, avant de lui tendre par-dessus la table basse. « C’est un de tes articles, en 2000, ou 2001, je sais plus, mais c’est ce que tu écrivais. Ce que tu as toujours écrit. » Elle avait rédigé une brève colonne sur les mystérieuses affaires de manipulation au sein du Ministère, avançant une théorie d’usages abusifs de l’Imperium. « C’est pour ça que je suis certain que tu n’as absolument rien à te reprocher. »

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