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sujet; nocturnal (simele)
MessageSujet: nocturnal (simele)   Mer 3 Fév 2016 - 1:27

PRISONERS • bloodstains on the carpet
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‹ dialogues : #669999.


‹ liens utiles :
‹ âge : trente-sept ans (24/05/66).
‹ occupation : criminel, propriétaire déchu du Centuries.
‹ maison : Serpentard.
‹ scolarité : 1977 et 1984.
‹ baguette : brisée.
‹ gallions (ʛ) : 2584
‹ réputation : il n'est plus rien, l'héritier réprouvé d'une famille presque extincte, indigne de toute confiance et bon à moisir dans les geôles d'Azkaban.
‹ faits : toujours considéré comme une ordure remplaçable, dans le clan désuni de Voldemort, Rosier est désormais perçu comme un lâche ayant déserté avant la bataille finale. Un monstre qui a abusé de la confiance d'une sorcière honnête (Anna), et un père indigne par-dessus le marché. Nombreux sont ceux qui auraient aimé maintenir la peine de mort jusqu'à ce qu'il y passe.
‹ résidence : Azkaban.
‹ patronus : un vague filet argenté, sans forme ni consistance.
‹ épouvantard : un précipice.
‹ risèd : une plage, avec Anna et Charlotte.
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nocturnal

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Free spirit. Novembre 2002.
« Merlin que vous m’emmerdez. »
Perché à la balustrade surplombant la fosse du Centuries, vide à cette heure si matinale, uniquement arpenté par les employés chargés d’effacer les exploits alcoolisés des clients de la nuit passée (autant dire, un carnage), Rosier avait, par ses quelques syllabes éraillées, jeté un froid dans le club. L’écho, cette saloperie d’écho, quand le silence emportait les vestiges de soirées endiablées. Il oubliait que même sa voix brisée pouvait retentir à ce point entre les murs enchantés de l’établissement. Derrière lui se tenaient deux cerbères, visiblement destinataires de l’aimable remarque. « C’est le bordel, et vous avez vu l’état de la scène ? Ou je suis le seul ? HEY ! Il frappa la rampe du plat de sa main, haranguant cette fois-ci son staff, et pointa deux doigts (desquels dépassait une cigarette) vers la source de son agacement, je suis le seul à voir ça ? » L’attention générale convergea vers « ça », le désastre de la nuit précédente : l’explosion accidentelle d’une partie des haut-parleurs magiques. Il en ignorait encore la cause exacte, certains blâmant un mouvement de foule, d’autres croyant se souvenir d’un duel qui avait mal tourné. Le genou coincé entre les balustres, il contempla son audience hocher frénétiquement la tête et repartir aussitôt à sa besogne, tandis qu’à son tour, il faisait volte-face vers les deux véracrasses supposés s’occuper de la sécurité de sa boîte. « Une connerie comme ça, ça me fout dans la merde. » Il abhorrait la mauvaise publicité. Apparemment, aucun blessé n’était à déplorer – Merlin merci, il n’aurait pas à dépêcher un responsable de relations publiques ou pire, s’excuser en gallions – mais une fureur sourde bouillonnait dans ses veines. C’était le Centuries et ses emmerdes, sa vie et ses emmerdes, sa famille et ses emmerdes, lui et ses emmerdes, tout, et ses emmerdes. Il avait besoin d’un verre, et un tonneau de firewhisky de trois cent ans d’âge ne suffirait pas à étancher cette colère-là. La journée commençait à peine, voilà ce qu’il pensait, la journée commençait à peine qu’un toit entier lui tombait sur le coin de la gueule, avec la gouttière et les merdes qui s’étaient entassées à l’intérieur. Il lui restait quinze minutes avant de transplaner à l’autre bout de Londres. Quinze minutes pour s’enfermer à double-tour dans son bureau, se rogner les phalanges jusqu’au sang faute de hurler, griller une (énième) clope, terminer la bouteille de rhum, griffonner deux, trois, peut-être quatre notes ou réponses à des quidams dont l’existence lui passait par-dessus la tête.
Il était fatigué.
La semaine passée, il s’était endormi pendant un concert des Rotten Apple. De tous les endroits, ou moments pour piquer du nez, il avait choisi un show de wizard rock. La veille, il avait découvert sa capacité à somnoler les yeux ouverts, alors qu’il était sur le point d’approuver le renouvellement d’un contrat. Je vais crever, il se répétait – et son cocktail de potions énergisantes, filtres euphoriques et Orviétan n’arrangerait certainement pas son cas. À peine eut-il claqué la porte de son bureau derrière lui qu’une tornade de plumes s’engouffra par la fenêtre, provoquant non seulement le plus spectaculaire des sursauts mais aussi un infarctus avorté. « Fucking– » oh, Adal. Il aurait reconnu le piaf de Bones entre mille, pour toutes les innombrables fois où son bec avait manqué de le priver d’un œil. Conscient d’une majesté que Rosier refusait de lui reconnaître, l’aigle déposa un parchemin sur le tas de lettres cachetées surchargeant son bureau, et se posa sur le rebord de son fauteuil. « T’attends quoi ? » il grogna, en s’emparant d’un exemplaire du Daily Prophet. Évidemment. Adele ne laisserait jamais repartir son rapace bredouille, ou du moins, s’assurerait par son intermédiaire qu’il avait pris connaissance de son mot. Damn it, Bones. Ses faveurs sonnaient comme des ordres et ses ordres comme des mises à mort. Vingt-et-une heures, exigeait-elle. Soit. Il tergiversa, se souvint qu’Anna était occupée. Bones serait capable de débarquer en plein milieu de la nuit s’il osait sous-entendre qu’elle ne comptait pas au nombre des priorités actuelles, et il s’avoua donc vaincu.

Fidèle à lui-même, il se présenta avec une dizaine de minutes de retard, de la vodka dégueulasse en main. « Oh, Fizzy, » il salua l’elfe d’un bref hochement de tête – une politesse inhabituelle, mais il avait une certaine considération (saugrenue, à dire vrai) pour ces créatures, et il n’en employait pas à son service depuis qu’il avait quitté le manoir familial. Quelque part, peut-être les respectait-il davantage que les êtres humains. Oh, et puis qu’importe son avis sur la condition des serviteurs, il avait les neurones trop endommagés pour qu’on lui reconnaisse un simulacre de bon sens. Fizzy va prévenir Miss Adele de l’arrivée de Monsieur Rosier ! Fizzy est heureux de revoir Monsieur Rosier ! Son petit corps difforme disparut dans un « crac » sonore. Elle n’avait pas tort, il avait disparu. Les lieux, pourtant familiers, lui paraissaient nouveaux, tandis que ses billes céruléennes s’accrochaient à des détails insignifiants, de la couleur des murs aux babioles exposées ici et là, comme s’il tentait de se remémorer l’endroit sans pour autant y parvenir. Étrange. Il oubliait beaucoup de choses, ces temps-ci.
« Miss Adele va bientôt arriver. Monsieur Rosier désire-t-il quelque chose à boire ou à manger ? » s’empressa de demander Fizzy, dès lors qu’il réapparut devant lui.Jamais assez faim, et toujours trop soif. Ça cogite, puis ça se tait. « Un cendrier. » Une cigarette éteinte pendouillant entre les dents, il traîna sa charpente engourdie vers l’âtre de la cheminée quand retentirent derrière lui les pas si caractéristiques d’Adele, fière et cruelle conquérante, écrasant sous sa démarche hautaine la plèbe grouillante. Il aimait ce son. « Tu sais que tu pourrais aller consulter un vrai voyant, ça coûte rien, et ça m’arrangerait, » il marmonna, en jetant sur la table basse son vieux jeu de tarot aux coins racornis et son paquet de clopes sorcières (la surveillance sous laquelle on l’avait placé – bien malgré lui – l’avait dissuadé de continuer à s’approvisionner chez les moldus), avant de s’échouer comme l’épave qu’Adele connaissait si bien sur le canapé, toute jambe écartée et élégance évaporée. Certes de mauvaise foi, car perdre du temps en compagnie de Bones n’était jamais qu’un de ses passe-temps favoris, il était néanmoins préoccupé – par des broutilles, autant le reconnaître, et nul doute que s’il partageait ses soi-disant états d’âme, elle l’enverrait paître avec toute l’arrogance qui était la sienne. De telles sollicitudes lui rappelaient alors à quel point il était tragiquement, et pathétiquement, humain. « Tu devrais m’écrire plus souvent, ton mot m’a presque mis de bonne humeur, lança-t-il en glissant une main dans sa crinière ébène, qu’il fourragea plus qu’il ne recoiffa, tu ne supportes vraiment pas qu’on t’oublie, don’t you ? » D’humeur taquine, il étira légèrement sa nuque et leva vers Adele une paire de billes narquoises. « Et pour ta gouverne, même si tu voudrais que l’univers gravite constamment autour de toi, ce n’est toujours pas le cas. J’ai juste une vie, et j’essaye de me tenir éloigné de Sainte-Mangouste, » il tira sur sa cigarette, « trois médicomages et un psychomage m’ont assuré qu’à ce rythme, je ne soufflerais jamais ma quarantième bougie. » How fucking sad. Il leva les yeux au ciel, presque consterné que son état de santé préoccupe autant de professionnels. « Je te rappelle aussi que je n’ai pas la voyance infuse, donc n’attends rien de ce que je te dirais, si tu n’as pas encore changé d’avis. » Il ne tirait les cartes qu’à Adele, en souvenir du bon vieux temps, et également parce qu’elle était l’une des seules à être au courant de ce « talent ». Non pas qu’il était doué, ou clairvoyant de quelque sorte, mais il avait compris le système. Le truc. Comme au poker, comme aux paris. Des quidams juraient que l’art de la cartomancie était réservé aux véritables voyants, à ceux doués du Troisième Œil, et sous-estimaient l’assiduité qu’un élève trop curieux pouvait démontrer en cours de divination. Certains secrets étaient à la portée de tout un chacun.

• • •

    Been gone too long, so don't wait up, it's 3am, I got held up, Tried to call, I'm on my way. Will I see you? I've got lost in foreign lands, Tried to get back, oh, I hoped you understand, Just remember the love is a gun in your hand


Dernière édition par Simon Rosier le Mar 17 Mai 2016 - 14:57, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: nocturnal (simele)   Mer 16 Mar 2016 - 0:03

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‹ âge : 38
‹ occupation : en fuite, déchue de tout type de privilèges.
‹ maison : Serpentard
‹ scolarité : 1976 et 1983.
‹ baguette : est en bois d'if, mesure 23,7 centimètres et possède un ventricule de dragon en son cœur.
‹ gallions (ʛ) : 3279
‹ réputation : je suis sans aucun scrupule.
‹ particularité : semi-Vélane.
‹ résidence : ici et là, clamant comme miens les différents cottages investis durant notre cavale.
‹ patronus : inexistant
‹ épouvantard : une vie silencieuse, ponctuée par des râles de douleur, et non plus par les rires des rares personnes auxquelles je tiens.
‹ risèd : une journée d'été, Artur m'aidant au jardin ; Owen Avery se moquant de l'activité sans chercher à dérober son regard attendri.
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Nocturnal
i found solace in the strangest place. way in the back of my mind
i saw my life in a stranger's face and it was mine.
L'effluve de vanille vint parfaire son sempiternel rituel du soir : une larme dorée contre chaque carotide et la troisième, la dernière, fut apposée à l'intérieur de son poignet gauche. Une fois l'essence parfumée délicatement rangée, Adele observa son reflet d'un œil critique, happant l'image démultipliée de sa silhouette que lui renvoyait une seconde psyché, posée contre le mur derrière elle. Sévère, son regard balaya surtout la peau laiteuse de ses jambes, vérifiant une nouvelle fois si les stigmates récoltés au musée faisaient bel et bien partis du passé (elle en faisait encore des cauchemars, de ces abominations ; elle les voyait toujours, ces mirages punitifs). Leste et automatique, elle accola l'articulation vierge de tout parfum contre la première et effectua cinq parfaites rotations, propageant ainsi contre ses chairs l'arôme si particulier qui la précédait presque toujours, où qu'elle aille, quoiqu'elle fasse, depuis bien des années.

Dans un craquement, l'image de Fizzy vint briser l'instant hypnotique en attendrissant pile dans  l'angle fantasmatique. Dérobant à Adele l'illusion d'infinité que deux miroirs savamment placés pouvaient créer. « Miss Adele, Monsieur Rosier vient d'arriver. Que doit faire Fizzy, Miss Adele ? » Un sourcil s'arqua sous le coup de l'étonnement. C'est que Simon deviendrait presque ponctueln, en vieillissant. Non, en fait, elle préférait ne confier à Rosier aucun schéma temporel propre : bien que trentenaire, Bones lui avait toujours collé l'étiquette du sorcier chaotique et bohème par excellence.  « Comme d'habitude Fizzy... », commença-t-elle d'un ton mielleux, « … propose-lui à boire, à manger, une Goutte du Mort Vivant, même, si le cœur lui en dit. » pour terminer sur une note tout à fait ironique et irritée. L'elfe de maison se contenta de courber un peu plus l'échine, faisant disparaître son front du champ de vision de l'hybride, certainement inquiète du nouveau dérèglement caractériel de sa maîtresse. « J'arrive tout de suite. » Nouveau craquement, disparition de l'elfe : Adele soupira lentement avant de passer ses bras graciles dans les larges manches d'un kimono qu'elle utilisait dorénavant comme robe de chambre (il avait fait flamber ses deux favorites, il avait bien fallu se consoler). Depuis qu'elle avait cessé de prendre le philtre de Paix, Adele avait la fâcheuse tendance de noyer Fizzy sous d'acerbes litanies, nombreuses colères qu'elle se devait d'avorter lorsqu'il faisait jour – à Sainte-Mangouste ou en pleine société – pour ne pas perdre la face. Ne déchargeant ces vagues immondes et destructrices qu'une fois l'intimité de son appartement retrouvée. Réapprenant progressivement, étape par étape, à maîtriser, à brider, ses émotions sans la moindre forme magie, sans le moindre sortilège, sans la moindre potion, pour être de nouveau comme avant (elle savait que c'était impossible). Presque trois semaines maintenant que la créature nourricière voguait dans les eaux tumultueuses de l'hybride, redoublant de cette ardeur servile pour apaiser les sautes d'humeurs volcaniques de sa maîtresse. Brave bête, se disait toujours Adele, une fois la tempête passée et ses esprits retrouvés : cela faisait belle lurette qu'Adal lui-même avait abandonné l'idée de retrouver une propriétaire sereine et tendre,  s'échappant par la première fenêtre entrouverte lorsque les décibels de l'hybride dépassait une certaine limite.

Elle avait besoin d'une porte de sortie, et vite.

La voix éraillée de Rosier lui fit vibrer les tympans à peine le seuil du salon joliment décoré passé. « Tu sais que tu pourrais aller consulter un vrai voyant, ça coûte rien, et ça m’arrangerait. » Un rictus amusé gracia les lèvres d'Adele, sans qu'un seul reproche ne réussisse à dépasser la barrière de ces dernières : c'était bon de retrouver Simon, finalement. De son allure toujours légère, toujours altière, elle se dirigea vers le plan de travail d'un bar taillé dans du bois blanc, ingénieusement planqué sous un sortilège de désillusion qu'elle mit une seconde à lever. En plus de faire paraître la pièce plus grande, ces petits tours du commerce sorcier permettait à Adele de ne pas voir ses réserves dépouillées par les squatteurs indésirables. « Tu me coûtes encore moins, Simon. Et puis je suis certaine de ne pas être déçue par le résultat : je sais à quoi m'en tenir avec toi. » Adele jeta un coup d’œil vers l'apport de Rosier pour leur soirée improvisée. Elle ne se donna absolument pas la peine de lui cacher la mine écœurée qu'emprunta ses traits, à la simple vision de la vodka. « Tu aurais pu te servir dans les réserves de ta gargote », lâcha-t-elle sur un ton railleur, presque déçu, avant d'empoigner entre ses doigts deux verres à whisky et une bouteille de Pur-Feu déjà entamée. Plutôt que de lui répondre, Simon se creusa un trou confortable au beau milieu du canapé, et ne lui offrit qu'un silence bien pour meubler la conversation, lui laissant le temps d'installer verres cristallisés et bouteilles fièrement dressées du bon côté de la table  basse – autrement dit, aussi loin du jeu de cartes que possible. Toujours debout, alors que Simon lui offrait le tableau de sa silhouette avachie contre le traversin du sofa, l'hybride se servit allègrement dans le paquet de cigarettes de son invité avant de s'installer à même le sol, les jambes impeccablement repliées sous elle, la soie blanche de son kimono formant une auréole détonante contre parquet sombre. Une fois la tige incandescente calée au bout de ses doigts, l'hybride se garda de proférer le moindre commentaire quant au changement de marque des plus fidèles compagnes du brun : les embargos du Magister se multipliaient si vite, et si bien, qu'elle ne jugeait même plus utile de les remarquer au quotidien. Non. Adele ne tolérerait qu'un seul problème à la fois ce soir et pour l'heure, son premier souci était  de choisir par lequel de ces deux breuvages elle anesthésierait ses sens sans une once culpabilité.  «  Tu devrais m’écrire plus souvent, ton mot m’a presque mis de bonne humeur, tu ne supportes vraiment pas qu’on t’oublie, don’t you ? » Les yeux ambrés roulèrent vers le plafond, synonyme de l'ennui profond qu'avait fait naître Simon en elle en une fraction de seconde. C'était faux (vrai) et Bones préféra ne rien répondre à la boutade qu'il venait de lui jeter en pleine face, sans précaution aucune. Les affectueuses hostilités commençaient donc, poussant ainsi Adele à se décider  : ils commenceraient par la vodka immonde, c'était scellé.

Ce n'était pas aujourd'hui, après bon nombre de tentatives infructueuses, qu'Adele réussirait à obtenir de Rosier la moindre délicatesse verbale. Ce n'était pas aujourd'hui, après bien des années d'une relation (amitié?) teintée (chaotique!) qu'ils se mettraient à n'utiliser que de courtoises  mondanités, celles-là même par lesquelles Bones jurait constamment, pour communiquer. Se rencontrer au beau milieu de la nuit, en pyjama de surcroît, avait eu le bénéfice de briser la glace dés le départ pour ces deux-là. L'un des points positifs était que l'hybride pouvait renier politesse et bienséance sans hésiter un seul instant  : ce n'était certainement pas Simon qui s’offusquerait d'être accueilli par une hybride en déshabillé, prête à aller se coucher à n'importe quel instant, l'abandonnant sans le moindre remord : Simon avait l'habitude de se faire adopter par tout type de canapé et tout type de sol.

D'un geste maîtrisé, elle envoya le verre de Rosier dans sa direction avant de remplir de sien.  « Et pour ta gouverne, même si tu voudrais que l’univers gravite constamment autour de toi, ce n’est toujours pas le cas. » La bouteille retrouva son emplacement initial et, le sourcil arqué et la bouche étirée d'un sourire narquois, Adele inhala une seconde bouffée de tabac, envoyant allègrement la fumée en direction des deux yeux pétillants de malice de son vis-à-vis. « J’ai juste une vie, et j’essaye de me tenir éloigné de Sainte-Mangouste, trois médicomages et un psychomage m’ont assuré qu’à ce rythme, je ne soufflerais jamais ma quarantième bougie. » Reniflement dédaigneux de Bones qui, de sa main libre, souleva le liquide translucide dans les airs et lui adressa ainsi un toast peu amène. « Boo hoo, cry me a river, Darling ! Je commençais vraiment à te penser invincible. Tu me fends le cœur, là... » Adele trempa la pulpe de ses lèvres dans le breuvage russe, fronçant l'arête délicate de son nez une fois que le liquide eut fini d'agresser ses  papilles surentraînées, confirmant la qualité sommaire de ce dernier. Sec et abrasif, il ferait parfaitement finalement l'affaire pour calmer les battements intempestifs qui lui martelaient les tempes (et fournir matière pour raconter une bonne blague à Maksim). « Je te rappelle aussi que je n’ai pas la voyance infuse, donc n’attends rien de ce que je te dirais, si tu n’as pas encore changé d’avis. » L'expression figée d'un air profondément respectueux, elle l'écouta lui rappeler les règles de cette petite session ultra-privée. Elle se doutait bien qu'il ne s'adonnait plus à ce genre de pratique qu'avec elle, dorénavant, et c'était pour cela, certainement, qu'elle l'avait fait venir (pour cela, elle l'en remerciait profondément, en silence). L'une de ses premières cobayes, lui avait-elle un jour remarqué à Hogwarts quand, au détour d'un rayonnage de la bibliothèque sorcière, elle l'avait surpris à chercher (à lire, à dévorer) les moindres mots couchés dans les manuels de divination. Et sa toute dernière, certainement, puisqu'elle partageait les mêmes convictions que lui en la matière (normalement). Pour lui faire savoir qu'elle avait bien comprit, qu'elle n'avait pas changé d'avis, Adele se contenta de hocher la tête et lui intima de commencer son tirage d'un regard entendu. Aux abois, elle l'avait fait venir. Elle avait besoin d'une porte de sortie. Pour ce qui était du reste en revanche... « Nouveau conseil de pro' : arrête donc de boire cette pisse. » Les iris ambrés replongèrent un instant dans le liquide avant de revenir vers Simon, la mine critique. « Ne te méprend pas, tu mourras dans tous les cas. Mais songe à la satisfaction que cela procure d'opter pour la qualité plutôt que la quantité. » Et d'un cul-sec, Adele termina son verre avant de le reposer sur la table basse, grimaçant encore lorsque l'alcool s'écoula le long de son œsophage, avant d'observer un peu plus longuement les traits émaciés de Rosier. C'était bizarre mais elle avait toujours eu du mal à l'associer aux autres Mangemorts. Peut-être était-ce à cause de son âge, peut-être aussi parce qu'il avait manqué de lui claquer plusieurs fois entre les doigts. Ce qui était sûr, et qu'elle se garderait toujours de lui avouer, c'était qu'elle ne serait pas insensible s'il venait à disparaître du paysage, ce drôle de Billywig. « Tu n'es pas rouillé, au moins ? », s'enquit-elle d'ajouter, jaugeant du regard l'état du jeu qui reposait entre eux deux.

Spoiler:
 

• • •

THIS TOO SHALL PASS, WE'RE RIGHT WHERE WE'RE MEANT TO BE. THERE'S THINGS I DON'T ASK: WHAT I DON'T KNOW CAN'T HURT ME.




Dernière édition par Adele Bones le Lun 2 Mai 2016 - 18:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: nocturnal (simele)   Mar 19 Avr 2016 - 16:23

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Street lights, turn on one by one, My hope is descending like the sun, Try to tell myself there's freedom in the loneliness, Always restless, story of my life, Disconnected, body clock's not right, Try to tell myself that I'mma get some sleep tonight


Il s’arracherait la langue plutôt que lui avouer en face, mais il l’aimait bien, Bones. Ce qu’elle était, ce qu’elle faisait, son attitude, cette arrogance empruntée à une aristocratie abâtardie, la voilà le surplombant de toute sa suffisance — comme si dans cette pièce, il était l’hybride, et elle la princesse de quelque famille déchue. Oh, quoique ; n’était-ce pas le cas. Il ne dissimulait pas ses travers, et si quelque chose dans ses mouvements suintait l’élégance d’une caste austère, ce n’était jamais que l’incurable empreinte des siens. Sa chevalière frappait une cadence irrégulière contre le cristal du verre, tandis qu’il observait Bones s’agenouiller près de la table, toute de blanc vêtue, malgré l’âme retors que cette enveloppe séraphique abritait. Il n’aimait pas les vélanes. À la fois gorgones et sylphides, cruelles victimes de leur état et anges infâmes, il avait cédé plus souvent qu’à son tour aux charmes d’hybrides, et Adele, bien qu’il aurait voulu affirmer du contraire avec orgueil, n’avait pas été l’exception qui confirme la règle. Encore aujourd’hui, dans ce sobre apparat, il aurait abjuré père et mère si elle lui avait demandé, et ce sans l’ombre d’une hésitation. Ses orbes ricochèrent sur son vieux tarot lui octroyant le seul avantage qu’il aurait jamais sur elle. Rosier vida cul-sec le contenu de son verre, indifférent à la brûlure de la vodka bas-de-gamme, et, après s’être débarrassé de son cuir, se mit à son tour sur les rotules. Remonta les manches de son pull noir sur ses avant-bras diaphanes, l’un Marqué, l’autre tatoué, chacun criblé de traces piqûres de billywig qu’il n’avait pas encore effacées. Paresse. Il réparerait les dégâts avant le retour d’Anna. Ses doigts se faufilèrent jusqu’à l’une de ses poches de jean d’où il extirpa une fiole dorée. D’un coup de pouce, le bouchon sauta sur la table et roula vers son verre vide, tandis qu’il renversait près de son paquet de clopes un tas pulvérulent, reconnaissable entre mille — il attrapa une carte au hasard, organisa trois lignes parallèles avec dextérité (habitude). L’index pressé contre la narine, son nez plongea vers son œuvre éphémère et ramassa sans cérémonie le Navitas (malgré la douleur qui lui sciait la cloison nasale). Il avait du mal, récemment ; le corps fatiguait. « Nouveau conseil de pro' : arrête donc de boire cette pisse. » Pro ? Il leva vers elle deux billes amusées ; oserait-elle lui ravir son trône ? Entre félons, il y avait un respect qui se passait pourtant d’estime — un ricanement avorté le secoua. « Parce que tu pensais que je te ferais le plaisir de t’amener une bonne bouteille, en plus ? » T’en demandes trop pour ce que tu vaux, Adele. « Ne te méprend pas, tu mourras dans tous les cas. Mais songe à la satisfaction que cela procure d'opter pour la qualité plutôt que la quantité. » Les billes roulèrent dans leur orbite. « Tu te la joues raffinée maintenant ? » il rétorqua, en se frottant le bout du nez. (Elle n’avait pas tort, cela dit. Il avait cessé d’accorder de l’importance aux étiquettes, et s’abreuvait de n’importe quelle vinasse croisant le chemin de son foie.) Il n’essaya pas de faire bonne figure, de s’indigner. Ça se lisait sur sa gueule, de toute façon. « Tu n'es pas rouillé, au moins ? » Il haussa épaules et sourcils, incertain de ne pas l’être. Depuis l’enterrement de sa cousine, jouer avec avec le futur lui semblait déplacé – et dérisoire. Il ne consultait plus autant ses notes, sa curiosité pour les arts occultes s’était tarie, et ne restait plus que l’arrière-goût âpre d’une gueule de bois. Des regrets. Cependant, la mine grave d’Adele le dévoya de ses songes ; elle ne l’avait jamais convoqué pour une simple visite de courtoisie près d’un feu de cheminée. Toutefois, ils ne cherchaient pas non plus à se rendre des comptes. Adele aurait eu un cadavre à dissimuler qu’il l’aurait secondée sans broncher, et sans demander d’où le macchabée sortait. « Je perds l’habitude, il admit, en battant les cartes, on se croise de moins en moins. » Et nulle trace de reproche ou de lamentation dans sa constatation désinvolte. Du reste, il lui rappelait sa position privilégiée, quant à son obscur passe-temps. Il lisait les lignes de la main, et à une autre époque aurait-il pu s’improviser diseur de bonne aventure, mais était incapable de percer les mystères prisonniers des boules de cristal. Il tirait les cartes avec justesse, déchiffrait aisément les runes, obsédé par une malédiction qui n’était pas la sienne, le nez plongé dans les plus vétustes manuscrits chinois, indiens, dans l’espoir d’apprivoiser les complexités du Yi Jing, de l’astrologie védique, et se heurtait, souvent, à de cuisants échecs — tout ça, dans le plus grand secret. Non pas que la révélation de ce loisir singulier changerait quoique ce soit dans sa vie, mais il n’aimait pas partager.
Simon étala le jeu de gauche à droite, en demi-cercle, et laissa sa main planer un moment au-dessus des cartes avant de jeter son dévolu sur l’une d’entre elles. Le premier arcane annonça la couleur : la Mort, à l’envers. Les commissures de ses lèvres frémirent. « Tu t’accroches à quelque chose qui appartient au passé, il expliqua. Ça peut être une personne que tu n’arrives pas à oublier, ou à laisser partir. Il contempla le squelette renversé, songeur, j’aurais… je pense que c’est quelqu’un, oui. Pas quelque chose. » Le tarot créait une intimité scabreuse — peut-être était-ce pour ça qu’il appréciait la compagnie d’Adele, dans ces moments-là. Plus que quelqu’un d’autre — quelqu’un qu’il aurait vraiment haï, ou au contraire, trop aimé. Sa main gauche s’empara d’une seconde carte, qu’il déposa à coté de sa jumelle, « celle-là complète l’autre, et c’est définitivement quelqu’un. Que tu aimes, malgré ce que tu peux en penser, » sa concentration eut raison de son sarcasme, car l’idée d’oser une remarque gouailleuse sur les amours sans doute compliquées de sa vis-à-vis lui traversa trop fugacement l’esprit pour esquisser ne serait-ce qu’un rictus goguenard. « Tu vas te retrouver face à un choix, qui impliquera cette personne. » Il disposa les arcanes au centre de la table. « C’est une impasse, Adele, il lâcha, tu n’as pratiquement rien en ta faveur. » Tu vas souffrir, il se retint d’ajouter. C’était toujours le cas — ils souffraient tous. C’était le destin, pour les gens comme eux. Rosier dérangea une troisième carte, et à peine ses billes céruléennes l’eurent effleurée qu’une franche expression d’étonnement troubla ses traits impassibles. « Il y a plusieurs tirages possibles mais… » La lippe coincée entre les dents, il hésitait, saisi d’un doute. « C’est juste… étrange, » il murmura, en alignant les cartes sous son regard plissé. La pensée, qui à son insu lui avait échappé, portait en elle les accents d’un présage presque funeste. Les ongles vinrent gratter la joue rugueuse, et se fichèrent entre ses lèvres, tandis que sur son front apparaissaient quelques rides songeuses, quoiqu’à peine visibles. « Tu vois, ces cartes, il les rapprocha les unes des autres, sont liées mais si tu avais choisi un tirage centré sur… la maternité, disons, le message serait plus… clair. À interpréter, je veux dire. » La pulpe de son index s’appuya contre l’une des cartes, sur laquelle figurait une femme, et tapota nerveusement dessus pendant quelques secondes. « Par exemple, cet arcane, associé aux deux autres, peut signifier que tu as perdu un enfant… ou que tu vas en perdre un, je ne peux pas… je peux pas dire. Elle apparaît parfois pour annoncer une fausse couche, si tu es enceinte. » Sensation étrange que d’être mal à l’aise en présence de Bones. Inhabituelle, même, car ils se côtoyaient depuis si longtemps que leur familiarité se passait de faux-semblants. Il était perplexe. À l’idée de découvrir un secret dont il n’avait cure — ou qui peut-être changerait sa perception d’Adele. Qui la renverrait à son statut de vulgaire humaine. Lui, il ne se faisait plus d’illusions sur sa condition — il avait flirté avec le macabre de trop nombreuses fois pour s’espérer invincible — mais Adele. Ça le perturbait. « Si tu le permets, il marmonna, je te laisse le soin de te faire ta propre interprétation. » Rosier marqua une pause, gigota sur ses genoux endoloris par la dureté du parquet, et le temps de changer de position, en tailleur, comme un gamin, reprit, « mais si je peux te guider… » Il présenta les trois cartes à sa vis-à-vis, les coudes sur le bord de la table. « Avec leurs positions, ça suggère une idée de… pas forcément de famille… il braqua ses orbes clairs sur le visage d’Adele, mais tout est lié, la personne dont tu n’arrives pas à te défaire, l’enfant à venir, ou l’enfant disparu… » Et il se trompait rarement. Il connaissait la signification de chacune de ses cartes sur le bout des doigts — son orgueil l’aurait empêché de commettre une erreur, du reste. Il attrapa alors son paquet de clopes, en coinça une entre ses dents. « Tu veux continuer ? » il articula, le bâton de nicotine valdinguant au gré de ses paroles. Oh, ils voulaient tous continuer — à chaque fois. La fascination du futur équivalait à un masochisme assumé. Restait à voir si lui, était prêt à continuer. « À moins que tu veuilles parler d’un truc. Si ça peut m’aider. Ou t’aider, à toi de voir. » Son majeur s’était déjà arrimé sur une quatrième carte.

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    Been gone too long, so don't wait up, it's 3am, I got held up, Tried to call, I'm on my way. Will I see you? I've got lost in foreign lands, Tried to get back, oh, I hoped you understand, Just remember the love is a gun in your hand
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MessageSujet: Re: nocturnal (simele)   Ven 13 Mai 2016 - 19:13

HUNTED • running man
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‹ occupation : en fuite, déchue de tout type de privilèges.
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‹ baguette : est en bois d'if, mesure 23,7 centimètres et possède un ventricule de dragon en son cœur.
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‹ réputation : je suis sans aucun scrupule.
‹ particularité : semi-Vélane.
‹ résidence : ici et là, clamant comme miens les différents cottages investis durant notre cavale.
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‹ épouvantard : une vie silencieuse, ponctuée par des râles de douleur, et non plus par les rires des rares personnes auxquelles je tiens.
‹ risèd : une journée d'été, Artur m'aidant au jardin ; Owen Avery se moquant de l'activité sans chercher à dérober son regard attendri.
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Nocturnal
i found solace in the strangest place. way in the back of my mind
i saw my life in a stranger's face and it was mine.
Bones n'avait rien dit en le voyant étaler sa foutue poudre par-dessus le vernis laqué de sa table basse. Un brin maniaque, elle avait toujours eu cette drôle de tendance perverse profondément ancrée en elle : pour seulement jauger les limites de ses congénères, Adele reniait bien volontiers un nombre incalculable de ses principes. Elle passait outre ses sacro-saints fondements sans le moindre remord juste pour voir les frontières les plus extrêmes de l'espèce humaine. Et dans le cas précis de Simon Rosier, Bones savait qu'elle en aurait toujours pour son argent. Elle était même  capable de céder l’entièreté de ses possessions seulement pour être un témoin privilégié des frasques du Mangemort, passionnée (bien au-delà de l'entendement) par la déchéance dans laquelle Simon plongeait tout le temps, tête la première. Il ne cesserait jamais de la surprendre, Simon ; était même devenu un cas d'école pour la guérisseuse. Oui, encore et encore, il ne cessait de la surprendre : il avait cette aptitude de toujours trouver le moyen de sombrer plus profondément que la fois précédente, élevant l'autodestruction au rang suprême d'Art. Quoiqu'elle dise, quoiqu'elle fasse, peu importe qu'elle termine toujours ses remises sur pieds par des avertissements cataclysmiques, Bones était certaine de le retrouver plus anéanti à chaque nouvelle rechute existentielle. Débilité profonde ou génie méconnu, Adele prenait toujours autant son pied lorsque Simon était sous Orviétan : de paroles fantasques en philosophies illuminées, il avait (parfois) cet avantage de ne pas (trop) se laisser envahir par ce qu'elle appelait les délires hallucinatoires courants, les trips communs du sorcier drogué lambda. Il l'amusait, la plupart du temps : la magie encapsulée atteignait beaucoup plus difficilement Rosier et agissait sur son système à retardement (comme s'il choisissait lui-même la manière dont il voulait planer avant de laisser complètement les effets des drogues l'emporter). Une fois d'ailleurs, il s'était mit à pleurer comme un bambin de six ans, Adele décidant qu'il était temps de le faire descendre de son nuage dépressif lorsqu'il l'avait appelée 'Maman'. Il la faisait réfléchir aussi, souvent : lorsqu'il laissait de côté les sujets de conversations futiles au profit de thématiques bien plus profondes et réfléchies. Oui, Adele avait ce plaisir pervers de voir Rosier délirer, reléguait toujours au trente-sixième dessous ses us et coutumes et ses doctrines les plus rigides pour simplement profiter des divertissements que Rosier lui servait toujours sur un plateau d'argent. D'habitude.

En hommage à tous ces fumeux égards d'antan, Bones s'était efforcée de ne pas siffler en voyant Rosier décider que ce soir était un bon soir pour s'en coller une magistrale. Ne pas lui rappeler qu'il était là pour son intérêt et non pas pour son bon plaisir était le meilleur moyen d'obtenir de Rosier ce qu'elle désirait avant qu'il ne se perde définitivement. (elle était douloureusement atteinte Adele, finalement, de voir l'état lamentable dans lequel Simon se complaisait ; elle ne pouvait décemment pas faire taire cette petite voix qui lui disait 'c'est l'un de tes rares amis, ravale ta fierté et remballe ton égoïsme, pour une fois, intéresse-toi à lui')(elle d'abord, lui ensuite).

L'ambre happé par le battage expert des cartes, Adele ne regarda pas Simon lorsqu'il répondit à sa question, posée en demie-teinte. « Je perds l’habitude, on se croise de moins en moins. » Si cette donnée ne la rassura pas, elle se contenta de récupérer une fois encore la bouteille de vodka pour se resservir un verre. Traduction : peu importe ce que tu me serviras, Rosier, je serais bien obligée de te croire ; comme je suis obligée de boire cette merde que tu viens de me ramener. « N'est-ce pas ce qu'on appelle l'âge adulte ? », elle avait l'air fine, Adele, en cet instant. Assise sur le sol, pourtant habillée d'une de ses plus luxueuses tenues de nuit, à boire du mauvais alcool pour se faire dire la bonne aventure ? Un rictus s'empara de ses lèvres, tant la situation et la déclaration divergeaient totalement d'univers, avant de s'effacer pour laisser place à un masque bien plus cérémonieux : le jeu fut étalé et la première carte, tirée. Une grimace menaça de déformer ses traits délicats à sa vision. La Mort, bien sûr. Pourquoi s'attendait-elle encore à ce que ses tirages soient moins spectaculaires avec le temps ? Elle avait beau ne pas être une novice en la matière, Adele, elle restait tout aussi impressionnable que les autres face à cette arcane-ci. « Tu t’accroches à quelque chose qui appartient au passé. Ça peut être une personne que tu n’arrives pas à oublier, ou à laisser partir. J’aurais… je pense que c’est quelqu’un, oui. Pas quelque chose. » Note pour elle-même : ne jamais croire Simon lorsqu'il faisait passer des couleuvres pour de vulgaires morceaux de bois : il frappait aussi précisément qu'autrefois, ce Mangemort-là. « Et l'enfant prodige se disait moins éclairé ? », dans sa voix se mêlaient des notes amusées et désabusées à la fois. Elle rassurée, pourtant. Plus aucune récrimination ne viendrait se mêler à ses appréhensions déjà teintées par la crainte : sur les traits de Simon, Adele réussissait à entrevoir la porte de sortie, l'issue de secours, qu'elle espérait tant. D'une traite, elle avala son second verre ; espérant ainsi devancer l'inévitable : anesthésier ses sens (qu'elle avait eu tant de mal à rééduquer au cours des dernières semaines) et ses émotions les plus vives (si douloureusement domptées) pour que Rosier ne s'aperçoive de rien durant l'échange qui allait suivre. Ç’avait déjà été éprouvant, mortifiant, de trop – ou pas assez – se laisser aller devant l'origine même de ses maux, alors permettre à Simon d'être  témoin de ses propres déficiences ? C'était hors de question. Le buste se pencha un peu plus en avant et le regard se perdit un peu plus dans le lointain lorsqu'il déposa la seconde carte sur la table. « Celle-là complète l’autre, et c’est définitivement quelqu’un. Que tu aimes, malgré ce que tu peux en penser, » Adele évita juste le regard de Rosier, se contenta de froncer un peu plus ses sourcils délicats en signe de... réflexion ? Mécontentement ? D'incompréhension ? Bones détestait Simon du plus profond de son être en cet instant : il lisait un langage qui lui était inaccessible par pure superstition. Il lui jetait un plein visage une bombe qu'elle avait mit des années, des décennies, à seulement trouver ; au détour d'un fabuleux hasard, se pensant alors perdue au beau milieu d'illusions grotesques et fantasques. Elle ne supporterait pas de faire comme Rosier, savoir lire le hasard : c'était un danger bien trop grand pour elle, pire encore que l'équilibre précaire avec lequel elle maîtrisait sa consommation d'Orviétan ces derniers temps.  

Que ne donnerait-elle pas pour simplement revenir en arrière ? Pour simplement oublier juillet, oublier septembre. Que ne donnerait-elle pas pour continuer de sombrer dans cette ignorance abjecte dans laquelle Il l'avait plongée pendant deux ans ? Pour faire comme si de rien était ? Que ne donnerait-elle pas juste pour continuer à Mangouste, pour continuer avec Maksim, pour continuer de résoudre les mystères que lui offraient sans relâche les Mangemorts, les patients, les potions, la vie ? Que ne donnerait-elle pas juste pour continuer de tisser cette toile soyeuse faite de mensonges, d'amants, de faux-semblants, d'amantes, de facilités sans jamais connaître la souffrance brute de la réalité ? Et lorsque le « C'est une impasse, Adele. Tu n'as pratiquement rien en ta faveur. » de Simon retentit dans le salon, Adele eut l'impression d'entendre  résonner tout autour d'elle un glas lugubre, sinistre, qui ne pouvait signifier qu'une seule chose : elle ne pouvait plus vivre dans les faux-semblants, les mensonges et les mystères. Le mysticisme installé par Rosier  faisait remonter des tréfonds de sa mémoire des textes qu'elle pensait avoir enterrés aussi profondément que sa fille. Des mots s'échappaient de la bouche de Simon mais tout ce qu'elle parvenait à entendre, c'était cette réflexion détestable qui n'avait pas trouvé assez de consistance pour s'imposer plus tôt dans ce schème bien formé qu'était Adele Bones. Elle avait eu beau suivre les diktats d'Angus et de la société magique, user seulement des aptitudes les plus primaires de son ascendance perfide, elle voyait finalement se profiler l'intolérable à l'horizon. Adele resterait bel et bien dans cette foutue impasse évoquée par Rosier si elle ne se le mettait pas définitivement dans le crâne qu'elle était bel et bien une Hybride. « Tu vois ces cartes sont liées, », abruptement sortie de sa torpeur, Bones se contenta de suivre du regard les cartes réarrangées par Rosier pour finalement lui jeter un regard concentré et attentif, « mais si tu avais choisi un tirage centré sur... la maternité, disons, », sa gorge se serra alors, et tout ce qu'Adele trouva à faire pour se défendre fut de croiser les bras contre sa poitrine, « le message serait plus... clair. À interpréter, je veux dire. », Bones n'aimait pas voir Rosier en proie au doute, aux hésitations. Clairement, il était bien loin de l'assurance indifférente avec laquelle il déambulait habituellement. Il prenait le soin de marcher sur des œufs face aux révélations de ses cartes et elle détestait ça. Elle ressentait également de la gêne, Adele, à le voir aussi attentif et délicat, tout ça parce qu'au beau milieu de la table s'étalait le plus grand désastre de toute sa vie. De façon rythmique, l'index de Rosier battait une cadence qu'Adele abhorra définitivement de toute son âme : elle voulait lui arracher les yeux juste parce qu'il modifiait les codes sociaux avec lesquels ils avaient toujours fonctionné depuis Poudlard. « Par exemple, cet arcane, associé aux deux autres, peut signifier que tu as perdu un enfant… ou que tu vas en perdre un, je ne peux pas… je peux pas dire. Elle apparaît parfois pour annoncer une fausse couche, si tu es enceinte. » C'était oppressant lorsqu'il ne la taquinait pas. C'était angoissant lorsqu'elle ne l'envoyait tout simplement pas se faire voir. « Si tu le permets, je te laisse le soin de te faire ta propre interprétation.Arrête un peu de faire ta prude, Simon. Je ne suis pas l'un de ces détracteurs de l’Élite que tu dois courtiser pour que le Centuries reste ouvert. » Par mimétisme, Bones changea de position quelques secondes après Rosier, posant en même temps que lui ses coudes sur la table pour soutenir sa tête engourdie par les embruns d'alcool et tout ce qu'il venait de dire.

C'était étrange de se retrouver de l'autre côté de la barrière.

D'habitude, c'était lui qui avait l'air pitoyable. Ce soir, c'était son tour. Et si elle continuait de maintenir cette grâce qui était la sienne, Adele se sentait de plus en plus martelée, paralysée, par l'ébauche décisionnelle qui s'infiltrait pernicieusement en elle. C'était énervant, déstabilisant, d'entendre des vérités s'écouler de la bouche d'autrui. Ça donnait plus de poids et de véracité à ses doutes : ça les transformait inexorablement en quelque chose de tangible et d'inaltérable, d'insupportable tant qu'on n'acceptait pas l'inévitable. Bones avait bien perdu sa fille, et elle était bien une hybride : elle avait elle-même marqué Avery des années auparavant et elle en subissait les conséquences aujourd'hui. Elle les subirait toute sa vie. Elle aimait Owen, ne pourrait jamais évoluer sans lui. Peut-être aurait-elle dû demander à Hécate de les lui dire, ces vérités-là. Elle aurait sans doute eu moins de mal à l'admettre... Elle détestait ça, Adele, se sentir aussi démunie face à Simon Rosier... Tout est lié. « Tu veux continuer ? » Un sourcil s'arqua et d'une moue presque effarée – presque, Adele Bones n'était pas ce genre de dinde imitant une carpe à chaque phénomène nouveau et surprenant – elle s'assura qu'il s'agissait bien de Simon en face d'elle : « M'arrêter ? Me suis-je déjà arrêtée par le passé, Darling ?À moins que tu veuilles parler d’un truc. Si ça peut m’aider. Ou t’aider, à toi de voir. » Bones parût dubitative (pourtant, Simon lui avait déjà fait le coup par le passé, à grands coups de 'Si tu veux parler, je suis là mais abuse pas non plus : je ne serais pas ton psychiamage une fois le tirage fini), et lui lança un regard suspicieux au plus haut point. Savait-il déjà quelque chose, Rosier ? Attendait-il juste qu'elle lui lâche elle-même  le morceau pour finalement porter le coup de grâce et la poignarder une nouvelle fois dans le dos ? Un regard vers le jeu et, en le voyant prêt à tirer une quatrième carte, elle se laissa finalement aller. Elle abandonna ses derniers pans d'orgueil pour finalement prendre ce risque ultime. Lui, tout comme elle, ne laissait généralement aucune information sensible s'échapper dans leurs échanges, qu'ils soient éphémères ou constants. Puisque lui, tout comme elle, n'hésitait pas à les réutiliser, ces informations, toujours à bon escient, toujours lorsqu'ils étaient certains qu'elles leur seraient utiles. Simon et elle étaient à eux seuls l'arme fétiche de Damoclès, les deux tranchants d'une même épée. Prêts à tailler l'autre en pièce seulement lorsque l'occasion se présenterait. Étonnant, à quel point Adele pouvait confier sa vie à Simon et autant craindre qu'il ne la lui prenne. Plus étonnant encore que le sentiment soit partagé : dans les billes azurées de Rosier, elle voyait la même estime forte, mais bancale, qu'elle lui dédiait. Rosier était son meilleur ennemi et elle ne l'échangerait sans doute contre rien au monde. « Sybil. »

Étrangement, elle trouva la délivrance du prénom beaucoup plus simple avec Simon qu'avec Avery.

« J'ai eu une fille et elle s'est appelée Sybil. Mais elle n'a pas eu le temps de... comment dire, de profiter de son nom. Elle n'a même pas eu le temps de pousser le moindre cri, si tu veux tout savoir. » Se redressant pour rendre à sa posture cet air impérial qui la suivait partout,  Adele planta cruellement son regard dans celui de Rosier. Pour tenter de capter ses réactions et d'attraper ses émotions au vol. Juste pour savoir si l'information s'ancrerait profondément en lui ou bien... s'il la laisserait s'envoler, juste comme ça, dans les méandres de ses souvenirs. Elle jaugeait, Adele, tentait de découvrir ce qu'il se passait dans l'esprit de son cadet. Que ne donnerait-elle pas aussi pour seulement être douée de legilimancie à cet instant. Juste pour trouver au fond des orbes de Rosier une information aussi intime que celle qu'elle venait de lui donner, pour rééquilibrer la balance. À partir de maintenant, elle savait Rosier supérieur à elle. Pourtant il n'était ni question de sang ni même de réputation, ici. Il lui était supérieur parce qu'il détenait une arme qui la rendait vulnérable désormais ; juste pour obtenir un simple tirage. Pour un salut dont il n'aurait, ordinairement, rien à faire. « C'est un sang-pur, le père, et tu le connais. Je ne vais pas passer par quatre chemin, Simon : je ne sais plus quoi faire. Je ne sais pas ce qu'il veut, je ne sais pas ce qu'il attend de moi, il vient, il part, pour finalement repartir et recommencer quand ça lui chante. Tu connais ma logique, tu sais comment je fonctionne. Tu l'as vu dans tes cartes : je suis dans une impasse et j'en ai tout simplement assez de continuer comme ça. C'est pour ça que je t'ai fait venir... » Leste, elle rapprocha une nouvelle fois la cigarette de ses lèvres pour finalement la repousser définitivement et l'écraser dans le cendrier cristallisé. Ses doigts tremblaient : c'était le seul symptôme de nervosité, de malaise, qu'elle ne réussissait pas à contrôler face au regard inquisiteur de Rosier. « … J'ai juste besoin d'un signe, Simon. », et un signe, elle aurait : dans son regard luisait une détermination que Rosier reconnaîtrait instantanément. Puisque quand Bones veut, Bones obtient. Simon était l'une des rares personnes à savoir qu'Adele n'était pas le genre de sorcière que l'on irrite trop longtemps. Cela faisait longtemps qu'ils ne jouaient plus du tout à ce jeu de dupes, ces deux-là.

• • •

THIS TOO SHALL PASS, WE'RE RIGHT WHERE WE'RE MEANT TO BE. THERE'S THINGS I DON'T ASK: WHAT I DON'T KNOW CAN'T HURT ME.


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